Un nouveau Think tank vient de voir le jour. SWITCH se définit comme «l’Alliance pour une économie verte au Québec» et réunit une brochette d’acteurs provenant autant des milieux d’affaire que des organismes environnementaux. De quoi s’agit-il ?

 

 

 

 

 

par Patrice-Hans Perrier

 

L’environnement et l’économie ne font toujours pas bon ménage. Pourtant, une majorité d’observateurs admet, au vu de la crise structurelle qui nous frappe présentement, qu’il faudra bien repenser notre rapport à la production et à la consommation. Mais, par où commencer et comment faire en sorte d’arrimer la reprise économique, tant espérée, avec les nouveaux impératifs de protection de l’environnement ? L’économiste américain E. Fritz Schumacher affirmait, dès 1973, qu’il nous faudrait repenser l’économie à la lueur de la nouvelle donne environnementale. Il mettait sur la table la notion d’une approche systémique qui serait susceptible de faire éclater les anciens paradigmes liés à l’économie de marché capitaliste.

Malgré la crise qui secoue le système néolibéral, nos élites ne désirent manifestement pas remettre en question les avantages hérités des années de prospérité de l’après-guerre. Et, malgré leurs vœux pieux pour ce qui est d’assainir les finances publiques et de renforcer les mesures de contrôle environnementales, ils ne proposent rien de nouveau en termes de relance économique.

 

Changement de paradigme

Nous avons assisté au lancement de SWITCH, une «alliance pour une économie verte» qui ambitionne d’influencer le gouvernement Marois alors que s’engage un grand débat national sur la question des ressources naturelles et de leur apport à la relance économique du Québec. Véritable Think Tank – réunissant quelques ténors du monde des affaires, de la protection de l’environnement ou du génie conseil – SWITCH se veut une plateforme de réflexion stratégique mettant de l’avant l’«économie verte» comme facteur de relance pour le Québec.

En bref, SWITCH souhaite provoquer une onde de choc susceptible d’impulser un mouvement favorable à l’émergence d’une «économie verte» qui, contrairement aux secteurs plus traditionnels, aurait le vent dans les voiles. Les principaux intéressés défendent l’idée d’un «virage vers une économie verte afin de contribuer à [l’émergence d’] une société québécoise innovante, résiliente, concurrentielle qui réconcilie équité sociale, environnement et qualité de vie». Un programme qui peut sembler attrayant mais qui, en dernière analyse, ne repose sur aucune assise en termes d’analyse macroéconomique.

 

Une économie verte

Karel Mayrand, dg pour le Québec de la Fondation David Suzuki, pointe du doigt l’actuel engouement des québécois pour une plus grande exploitation de nos richesses naturelles. Il estime que nos concitoyens (du moins ceux qui tirent les ficelles du pouvoir) doivent «éviter de mettre tous leurs œufs dans le même panier». Et, qu’à contrario, nos capitaines d’industrie auraient intérêt à «miser sur une diversification de l’économie, une stratégie qui nous a très bien servi, et sur une économie verte, performante, innovante et à valeur ajoutée».

Si, d’entrée de jeu, l’idée de diversifier nos investissements stratégiques est séduisante, c’est le concept d’«économie verte» qui nous pose problème. En quoi cette «économie verte» se distinguerait-elle de l’économie au sens habituel ? Depuis les ratées du projet d’une bourse internationale du carbone – et les escroqueries de plusieurs spéculateurs sur ces marchés qui ont défrayé les manchettes en France – et dans le sillage d’accords internationaux qui contraignent de plus en plus les petits pays producteurs, plusieurs se questionnent sur les finalités de cette supposée économie vertueuse.

Les protagonistes de SWITCH affirment que pas moins de 700 000 emplois auraient été créés par l’«économie verte» au Canada, dont autour de 160 000 pour le seul Québec. Une économie qui – si l’on se fie à leur dernier document de réflexion – ferait fleurir des marchés pouvant générer jusqu’à … 1 billion de dollars à l’échelle planétaire ! Et, voulant contrer les effets de la présente crise économique, les pouvoirs publics et certains investisseurs auraient injecté autour de 500 milliards de dollars dans l’«économie verte» de pays tels que la Chine ou les États-Unis. Sans vouloir questionner les chiffres mis de l’avant par les membres de l’alliance, nous n’arrivons toujours pas à comprendre qu’est-ce qui distingue cette prétendue «économie verte» de l’ensemble de l’activité économique.

 

Changements climatiques et crise économique

S’appuyant sur la thèse des changements climatiques et soulignant l’urgence de transformer la nature de nos échanges économiques, Karel Mayrand n’hésite pas à prôner «une transformation profonde de l’économie du Québec». Dans un contexte où notre capacité de production industrielle a dramatiquement chutée (le document de réflexion présenté par SWITCH souligne que «entre 2000 et 2010, le Québec a vu son secteur manufacturier chuter de 30 %, passant de 23,6 % à 16,3 % du PIB») il incombe de trouver de nouveaux créneaux porteur afin de relancer une économie qui, bien que diversifiée, montre des signes évidents d’essoufflement.

Curieusement, l’équipe rassemblée au sein de ce nouveau Think Tank ne parle pas de la délocalisation massive de notre capacité de production, de la perte des savoir-faire qui s’en est suivi et de la montée de la précarité causée par l’effritement de l’économie domestique. De fait, les promoteurs de cette nouvelle «économie verte» semblent fort bien s’accommoder de la mondialisation des échanges économiques et se réjouissent, même, des nouveaux accords de libre-échange qui feront en sorte d’assujettir le Québec à la tutelle de l’Union européenne.

Denis Leclerc, Président et chef de la direction d’Écotech Québec, affirme que l’«économie verte» représente un créneau porteur au point qu’il faudrait parler de «croissance verte». Cette transformation de certains secteurs économiques en autant de créneaux porteurs participerait à ce qu’il nomme «une modernisation de l’économie du Québec». Il estime, entre autres, que les prochaines consultations mené par l’administration Marois contribueront à mousser un contexte favorable à ce fameux changement de paradigme que tous appellent de leurs vœux.

 

Un monde en transition

C’est la notion de transition qui semble motiver tout ce mouvement de troupes. Les auteurs du document «L’économie que nous voulons» insistent sur le contexte économique et environnemental actuel, lequel serait marqué par «un essoufflement de la croissance économique et par une crise climatique et environnementale sans précédent». Malgré tout, certains secteurs parviennent à reconvertir leurs procédés de fabrication en intégrant des cahiers de charges qui tablent sur une diminution significative des émissions polluantes, une meilleure efficacité énergétique ou l’optimisation des processus industriels.

Jean Simard, Président-directeur général de l’Association de l’aluminium du Canada, affirme que «l’industrie québécoise de l’aluminium a modernisé son parc de production – pouvant compter sur des usines efficiences et performantes – et produit l’aluminium le plus vert au monde avec, à titre d’exemple, une empreinte carbone 7 fois moins élevée que celle générée par la production chinoise». Ce porte-parole des grandes alumineries estime que nous sommes en mesure d’exporter notre savoir-faire, alors que des usines telles que celle de la firme Alouette, à Sept-Îles, seraient devenues des références mondiales.

En bref, les fabricants d’aluminium du Québec sont en mesure de produire des lingots en réduisant de façon drastique leur utilisation d’énergie (une énergie fournie à très bas prix par Hydro-Québec). Toujours est-il que plusieurs se pose la question de la production de composantes et autres équipements à valeur ajoutée à partir de notre aluminium. Jean Simard affirme être conscient de la donne et qu’il faudra que la compétence des ingénieurs soient mise à contribution dans un contexte où  «le virage de l’économie verte commande d’utiliser les bons produits aux bons endroits».

 

Arrimer la reprise à un développement plus respectueux

Les conférenciers, présents lors du lancement de SWITCH, semblaient tous s’entendre sur le fait qu’il faille profiter de la mise à niveau de nos infrastructures publiques pour mettre en orbite de nouvelles façons de faire et aider les grands équipementiers à relancer leur production. C’est ce que crois Jean Simard lorsqu’il souligne qu’«il est grand temps de mettre le cap sur la mobilité électrique dans un contexte où nos infrastructures sont désuètes et où nos engagements envers la réduction des GES ont été revus à la hausse».

Le représentant de l’Association de l’aluminium du Canada estime qu’il faut accélérer le virage industriel afin de permettre à nos équipementiers, tels que Bombardier ou Novabus, d’intégrer des matériaux tels que l’aluminium afin d’alléger le poids de leurs véhicule et de mieux répondre aux nouveaux cahiers de charges des pouvoirs publics. Qui plus est, alors que plusieurs régies de transport en commun doivent remplacer leur matériel roulant, les carnets de commande auraient atteint une masse critique. La belle serait donc dans le camp des décideurs publics et des grands équipementiers.

Si le gouvernement Marois mousse l’électrification des transports au Québec – avec l’idée légitime de concilier développement économique et protection de l’environnement – il n’en demeure pas moins que la grande région métropolitaine de Montréal ne s’est toujours pas dotée d’un véritable plan stratégique concernant l’arrimage des transports avec la réhabilitation d’un développement urbain qui favorise l’étalement.

 

Profiter de nos compétences

L’économie québécoise demeure fragile, malgré son dynamisme et sa diversité. Les acteurs réunis autour de l’Alliance pour une économie verte admettent que l’effritement du tissus industriel et l’essoufflement de la croissance économique ont porté de durs coups à notre économie et que le Québec peine à trouver sa place au sein d’«un contexte mondial en transition». Ils recommandent de prendre en compte le fait que notre déficit commercial (70 milliards $) soit en grande partie tributaire de notre trop grande dépendance aux hydrocarbures et ils nous mettent en garde contre la tentation de faire de l’extraction de nos matières premières une nouvelle panacée. Ils estiment, en définitive, que les créneaux porteurs de l’«économie verte» pourraient bien représenter un tremplin afin de sortir de la présente crise et de réorienter notre développement économique vers des horizons plus durables et équitables.

Nous serions, toujours de l’avis des principaux intéressés, à un carrefour stratégique, «alors que plusieurs grandes politiques de l’État arrivent à échéance, que s’amorcent de grandes réflexions sur la politique industrielle du Québec et que s’ouvre un nouveau contexte énergétique au Québec et en Amérique du Nord …». Citant un document de l’ONU, les protagonistes de SWITCH soulignent que «si plus de 80 % des investissements requis pour la mise en œuvre d’une économie verte doivent provenir du secteur privé, des consommateurs et des entreprises, le soutient de l’état agit souvent comme catalyseur».

 

Les pouvoirs publics comme catalyseur

On comprendra que, dans un contexte de crise systémique, le secteur privé et les marchés financiers s’en remettent invariablement aux pouvoirs publics pour ce qui est d’impulser des mesures qui favoriseront une reprise économique. C’est, sur ce point, que les ténors de l’«économie verte» semblent mettre l’emphase lorsqu’ils précisent que «l’état peut également encourager l’adoption de certifications pour les entreprises respectueuses de l’environnement. Il peut aussi mettre à contribution ses marchés publics et intégrer des critères environnementaux dans ses commandes».

Si nous souscrivons à l’ensemble des observations pointées par SWITCH, force nous est d’émettre des doutes face à cette «économie verte» porteuse d’une relance économique qui serait tributaire beaucoup plus d’une donne politique que d’une réelle alternative à l’économie néolibérale en déroute. Tous s’entendent pour maintenir le cap sur la réduction des GES, mettre à contribution les technologies innovantes ou améliorer l’efficacité énergétique de nos bâtiments, mais c’est au chapitre de la réorientation de la matrice économique que personne ne s’accorde.

Il faudrait peut-être préciser que les nouvelles contraintes réglementaires prônées par les défenseurs de l’«économie verte» risquent d’entraver les efforts consentis par les petites entreprises. Dans un contexte de laminage des forces vives économiques, et où les grands ensembles industriels et financiers dominent, la majorité des petits acteurs économiques n’arrivera plus à voir la lumière au bout du tunnel. Arrimer l’économie à l’écologie, pourquoi pas ? Mais, encore faudrait-il avoir le courage de remettre en question l’économie capitaliste dans son ensemble.

 

LIENS:

http://quebec.huffingtonpost.ca/karel-mayrand/quebec-economie-verte_b_2881541.html?utm_hp_ref=politique

http://journalmetro.com/actualites/national/274796/lurgence-dune-economie-verte/

http://www.umq.qc.ca/nouvelles/actualite-municipale/creation-de-switch-l-alliance-pour-une-economie-verte-au-quebec-15-03-2013/

http://www.ledialoguesurlaluminium.com/blog/revue-de-presse-semaine-du-11-mars-2013

http://quebec.huffingtonpost.ca/patricehans-perrier/chant-sirenes-economie-verte_b_2885501.html

http://www.youtube.com/watch?v=8FaiVpN4IGo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«La vague de condos neufs qui déferlera bientôt sur le marché, dans un contexte où la revente affichera un léger surplus à Québec et à Montréal, risque de faire déborder le vase une fois pour toutes.»

- Hélène Bégin, économiste

 

 

LOFT HOTEL VU DU 333 SHERBROOKE

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Photo de Patrice-Hans Perrier
 
 

 

 

Le marché immobilier est inondé de condominiums sur l’île de Montréal. Nous avions prédit, dès le printemps 2012, qu’il y aurait un risque de surchauffe et, même, qu’un bulle immobilière pourrait se former au point de menacer les tentatives de relance économique de la grande région métropolitaine.

 

Surendettement des ménages

Déjà, en octobre dernier, le Font monétaire international (FMI) mettait en garde les autorités canadiennes au sujet du surendettement des ménages, dans un contexte où beaucoup trop d’hypothèques ont été consenties aux consommateurs. Par ailleurs, le FMI disait craindre une chute de la valeur des unités d’habitation, ce qui porterait un coup supplémentaire aux ménages endettés et provoquerait, par voie de conséquence, une contraction de la demande intérieure.

En d’autres termes, de plus en plus de ménages surendettés seraient incapables de rembourser leurs prêts hypothécaires. Certaines études font état du fait que la majorité des acheteurs soit obligée de consacrer entre 40 % et 80 % de ses revenus afin de s’acquitter de ses obligations hypothécaires. En définitive, seuls les très bas taux d’intérêt et la mise en commun des revenus des couples auront permis à cette croissance artificielle de poursuivre sa course. Mais, déjà, on note un ralentissement notable de la construction de condominiums au Québec (recul de 15,6 % cette année).

 

Surplus de condominiums de luxe

Il appert que les unités de condominiums de luxe sont toujours produites sans tenir compte de la demande réelle, dans un contexte où la demande québécoise concerne les unités de 200 000 dollars et MOINS. Un article récemment publié dans les pages du quotidien Le Devoir précise que le nombre des vendeurs serait supérieur au nombre des acheteurs au Québec, une première depuis 2000.

En fait, les unités de condominiums d’une valeur de 500 000 $ et plus poussent comme des champignons à Montréal, alors que les unités abordables (moins de 300 000 $) manquent à l’appel. Plusieurs études ont démontré que près de 30 % des unités de luxe seraient vendues à des acheteurs étrangers qui les loueront par la suite. Il est important de préciser, ici, que contrairement à certains pays européens, nous ne pouvons pas compter sur des  lois qui contraignent les acheteurs de biens immobiliers à y résider. Le marché des condominiums de luxe pourrait, tout simplement, servir à alimenter une cabale spéculative profitant à des groupes sélects de financiers et générant des revenus de permis de démolition et de construction aux arrondissements concernés.

 

Les autorités financières réagissent

Malgré tout,  les acteurs du développement local et une partie de la classe politique prétendent que tout va bien. Pourtant, la Banque du Canada, la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et les autres organismes responsables de la fixation des taux hypothécaires et des barèmes d’octroi de prêts hypothécaires ont commencé à réagir dès le milieu de l’été 2012.

Toujours selon Le Devoir, les autorités concernées ont, bel et bien, donné un sérieux «coup de frein» à l’emprunt hypothécaire l’été dernier. Conséquemment, le nombre de condominiums vendus à Montréal aurait chuté de 29 % pour le seul mois de décembre 2012. Cette situation fait dire à l’économiste Hélène Bégin, du Mouvement Desjardins, que le surplus de condominiums qui ne trouveront plus d’acheteurs pourrait faire en sorte que … la bulle immobilière explose, une fois pour toute.

 

Fin de partie

De fait, les observateurs sérieux craignent que le Canada, et plus particulièrement ses métropoles, vive une situation comparable à la crise du marché hypothécaire qui a frappé les USA en 2010 ou celle qui a pulvérisé l’économie espagnole en 2012. La bulle immobilière explosant, les ménages incapables de rembourser leurs prêts hypothécaires, un nombre important d’unités construites sans acquéreur, les prêteurs hypothécaires perdant une part de leur mise, le marché domestique se contractant et la récession s’installant à demeure.

 

Quelques pistes de réflexion 

Le développement immobilier ne pose pas de problèmes en soi, ce sont ses orientations et l’encadrement politique/public qui sont en cause. Si la construction d’unités neuves profite à plusieurs industries, encore faut-il relancer d’autres secteurs d’emplois afin que les ménages puissent faire face à la musique. Par ailleurs, le développement immobilier des anciens faubourgs de Montréal devrait s’inscrire de façon plus harmonieuse à un Plan d’urbanisme qui aurait, au préalable, été bonifié et actualisé.

Nos édiles n’ont de cesse de répéter que l’industrie immobilière participe à la Renaissance de Montréal. En fait, les familles sont de moins en moins nombreuses sur l’île de Montréal (dernier recensement de Statistique Canada de 2011) et les ménages à faibles ou moyens revenus peinent à trouver des unités d’habitation à prix … abordables.

En effet, comment honorer des mensualités hypothécaires de l’ordre de 1 200 dollars par mois (hypothèque peu élevée), lorsque le consommateur ne peut compter que sur des revenus nets d’environ 1 600 dollars pour la même période (chiffre un peu plus haut que le salaire moyen) ? Et, tout cela sans oublier la hausse constante et aberrante du niveau de taxation municipale.

À ce rythme, Montréal ne pourra croître et son centre-ville sera, désormais, dédié aux ménages fortunés de retraités, cadres supérieurs ou investisseurs étrangers. Les arrondissements périphériques souffriront de cette inflation immobilière et ne pourront PLUS assurer les services de proximité de base à leurs citoyens. L’étalement urbain se poursuivra de plus belle et, hormis un centre-ville sous cellophane, Montréal deviendra une zone sinistrée.

Il est urgent d’arrimer le développement immobilier à une vision plus globale d’un développement urbain qui prendrait en compte le grand Montréal métropolitain.

Pour une fois que, pratiquement, tous les acteurs politiques et institutionnels s’entendent: les banlieues doivent assumer leur cote-part au niveau du partage des infrastructures routières et de l’affluence des 500 000 travailleurs et étudiants présents dans le centre-ville de Montréal durant la journée. Il incombe de juguler la congestion routière en sol montréalais (en progression constante malgré les mensonges répétés de la classe politique), d’harmoniser la rénovation des anciens faubourgs, de favoriser des INCUBATEURS d’entreprises et un NIVEAU DE TAXATION adapté aux industries de la culture et à certains créneaux porteurs. Tout cela sans oublier d’aider les ménages à faible revenu qui représentent autour de 40 % de la population montréalaise.

Il est encore temps d’empêcher que la bulle immobilière n’éclate, en ralentissant la folle course d’un marché qui s’apparente plus à une table de poker de casino qu’à un effort concerté de relance économique viable et pérenne.

 

Liens:

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/371268/le-marche-des-condominiums-est-sur-le-point-d-etre-sature

http://blogues.lapresse.ca/lapresseaffaires/immobilier/2013/02/08/condos-le-prix-baisse-de-4-a-montreal/

http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201212/04/01-4600775-le-marche-du-condo-se-refroidit-davantage-a-quebec.php

http://www.uqam.ca/entrevues/entrevue.php?id=893

http://blogues.lapresse.ca/avenirmtl/2013/02/18/marie-plourde-%C2%ABmontreal-a-besoin-de-delicates-chirurgies%C2%BB/

http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=8258,90427808&_dad=portal&_schema=PORTAL

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Échos d’une importante conférence

DES PERPECTIVES ÉCONOMIQUES, POLITIQUES ET IMMOBILIÈRES POUR MONTRÉAL

L’Institut de développement urbain du Québec (IDU), en collaboration avec le cabinet d’experts comptables Raymond Chabot Grant Thornton, donnait la parole de 15 janvier dernier à quelques conférenciers venus brosser un tableau synthétique de la situation montréalaise.

Fondé en 1987, l’Institut de développement urbain du Québec (IDU Québec) est un organisme indépendant et sans but lucratif. En tant que principal porte-parole de l’industrie immobilière commerciale au Québec, l’IDU Québec agit à titre d’intermédiaire entre les professionnels de l’industrie et les instances gouvernementales.

Par ailleurs, l’IDU Québec organise une vingtaine d’activités chaque année, incluant des conférences et autres présentations thématiques.

Nous étions présents à la dernière conférence de l’IDU Québec, un événement réunissant quelques observateurs actifs aux premières loges du développement économique québécois.

 

Perspectives MTL 2013

Intitulé « DES PERPECTIVES ÉCONOMIQUES, POLITIQUES ET IMMOBILIÈRES POUR MONTRÉAL », cet événement donnait la parole à Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain ; à Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec ; à Mario Lefebvre, Directeur du Centre des études municipales du Conference Board du Canada et à Benoit Egan, associé en immobilier pour la firme Raymond Chabot Grant Thornton.

 

Nous tenterons, dans l’analyse qui va suivre, de faire une synthèse de cette conférence et de commenter certaines observations en les mettant en perspective. Dans le présent contexte de crise économique, Montréal peine à retrouver sa place dans le concert des cités qui se démarquent sur le plan de l’innovation et de la qualité de vie. Toutefois, l’ancienne métropole du Canada dispose d’atouts importants en raison de sa position stratégique sur le continent et du dynamisme de sa population.

Si nous ne partageons pas toujours la vision des conférenciers invités par l’IDU, nous souscrivons au fait que l’activité économique soit indissociable du développement urbain d’une cité en santé. Cependant, c’est d’une vision stratégique que Montréal a grandement besoin, au moment où sa classe politique est désorientée et où sa mise en tutelle a été évitée de justesse. Le temps presse et les enjeux sont trop importants pour les passer sous silence.

 

Se refaire une beauté

Bien au-delà des questions de gouvernance et de politique municipale, c’est l’avenir économique de la métropole du Québec qui est préoccupante en ce début d’année 2013. Ancienne plaque tournante des activités boursières canadiennes, Montréal tente de se repositionner depuis plusieurs décennies en misant sur des atouts non négligeables qui lui ont permis de surnager dans un contexte où la délocalisation de la production industrielle et la forte valeur du dollar canadien ont porté de durs coups aux économies de l’est du pays. Maintenant ses actifs du côté des activités des technologies de l’information, des nouveaux médias ou du génie conseil, Montréal peine tout de même à élargir son rayon d’action, histoire de créer de nouveaux emplois pour une immigration de masse principalement concentrée en région métropolitaine.

 

Montréal : son rôle sur les marchés financiers

La Bourse de Montréal n’est plus qu’une excroissance de celle de Toronto, avec une mainmise sur les produits financiers dérivés qui demeure discutable alors que la crise bancaire et financière est loin d’être résorbée. Malgré tout, certains analystes estiment que l’activité financière représenterait près de 6 % du PIB du Québec, soit plus que toute l’activité combinée du secteur des ressources naturelles. Entre autres, les services professionnels de la finance ont connu une très forte hausse d’activités durant les cinq dernières années. Ainsi, les cabinets d’experts spécialisés en gestion de retraite, de produits dérivés ou de services technologiques destinés au monde de la finance pulluleraient. Les mêmes sources attirent, aussi, l’attention sur le fait, qu’outre la Caisse de dépôt, pas loin de 200 caisses de retraites seraient administrées par des experts montréalais.

 

Le contexte économique mondial

Un des interlocuteurs de cette conférence, Mario Lefebvre, Directeur du Centre des études municipales du Conference Board du Canada, affirme que le Canada est en pôle position, alors que la situation financière de nos gouvernements a été assainie et que le niveau d’emploi est meilleur qu’au début de la récession de 2008. À titre de comparaison, Monsieur Lefebvre pointe du doigt le Japon qui croule littéralement sous le poids de l’endettement public et l’Europe qui est en pleine crise avec une Allemagne en perte de vitesse. Il en profite aussi pour souligner le fait que nous avons connu 24 mois de création consécutive d’emplois au pays, mais, faut-il le souligner, beaucoup d’emplois créés sont précaires et peu rémunérés. Du même souffle, le conférencier a aussi mis en exergue le boom des prix des matières premières, un phénomène dont le Canada a profité et qui aura, dans une certaine mesure, compensé pour la crise qui affecte le marché manufacturier.

Toutefois, on serait tenté de préciser que nos exportations de matières premières profitent à d’autres puissances émergentes qui, elles, sont en train de structurer leurs propres marchés manufacturiers et de renforcer leur complexe industriel. Toujours est-il que la hausse du dollar canadien – si elle affecte nos exportations – aura permis à un nombre important d’industries d’acquérir de la machinerie et d’investir dans la modernisation de leurs infrastructures de production. Mais, du même coup, on se questionne sur le positionnement des produits manufacturés québécois, dans un contexte où la délocalisation de notre capacité de production vers les pays émergents nous a peut-être ramenés à la case de départ.

Dans ces conditions, on pourrait facilement avoir l’impression que le Québec redevient un fournisseur de matière première et une interface pour le transport des marchandises entre l’Asie, l’Europe et les USA.

Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, considère le capital humain (sic) comme un potentiel qui est sous-développé chez nous et il pointe du doigt le fait que, malgré l’entrée massive d’immigrants au Québec, le taux de population active stagne sur le marché local. Il rajoute que nos capitaines d’industrie ont de la difficulté à pouvoir compter sur un « capital humain à taux concurrentiel » et qu’ils doivent se mesurer avec des entreprises mexicaines qui assument des coûts de main-d’œuvre qui seraient jusqu’à 7 fois inférieurs aux leurs. M. Dorval déplore, aussi, l’absence de ce qu’il qualifie de « réglementation intelligente », faisant allusion aux lourdeurs bureaucratiques.

Outre les problèmes liés au remplacement et au coût de la main-d’œuvre, à la capitalisation des entreprises et à la réglementation gouvernementale en lice, le président du Conseil du patronat du Québec souligne l’importance de consolider une « économie durable » qui permettra à la reprise de s’établir pour de bon. Et, c’est inévitable, il faudra bien pouvoir compter sur des infrastructures modernes, un système de santé fonctionnel et une métropole disposant d’atouts concurrentiels si nous voulons y parvenir.

Qui plus est, en raison du vieillissement de la population active, il y aura 1.4 millions d’emplois à pourvoir d’ici 2020, nous dit-on. Pourtant, le gros des immigrants est concentré dans la région métropolitaine montréalaise et l’intégration de ces derniers au marché du travail connait des ratés notables. Montréal souffre d’un chômage endémique qui tourne autour de 10,1 %, alors que la ville de Québec connait presque le plein emploi avec 4,9 % de sa population active sans travail.

On s’interroge sur le phénomène d’exode de nos meilleurs talents et sur l’absence d’arrimage sérieux de l’industrie du savoir avec les secteurs économiques plus traditionnels qui constituent encore une masse critique chez nous.

 

Inféodation de notre métropole

Conscients du danger d’effondrement qui guette les marchés financiers, nos capitaines d’industrie semblent de plus en plus lorgner vers un Plan Nord qui changerait la donne. C’est ainsi que plusieurs grands courtiers dans le domaine de l’exploitation des matières premières ou des énergies fossiles pourraient être intéressés à venir établir leurs pénates chez nous. Mais, c’est toujours l’absence d’une véritable politique de protection et de gestion des ressources naturelles qui se fait attendre au niveau du gouvernement provincial. On le réalise, Montréal n’est pas la métropole d’un état souverain et ses capitaines d’industries ne sont que les contremaîtres des grandes décisions qui se prennent à l’international.

 

Un tissu économique relativement dynamique

Hormis l’hydroélectricité et l’énorme capital financier dégagé par nos propres caisses de retraite, nous ne disposons pas de leviers stratégiques qui nous permettraient d’asseoir notre souveraineté dans un contexte où la mondialisation fragilise les petites nations. Toutefois, la diversité du tissu économique québécois semble nous avoir protégés, dans une certaine mesure, des secousses de la crise économique de 2008-2009.

Ainsi, contrairement à l’Ontario qui dépend énormément de son industrie automobile ou de l’Ouest canadien qui a décidé de miser sur l’exploitation des hydrocarbures, le Québec est parvenu à maintenir son dynamise économique grâce à l’imbrication de plusieurs grappes industrielles implantées dans certaines de ses régions.

Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, aime à vanter les atouts de notre métropole. Il a profité de son passage à cette conférence de l’IDU Québec pour souligner les avantages concurrentiels qui permettent (pour combien de temps encore ?) à Montréal de surnager :

- une main d’œuvre qualifiée et compétente

- une métropole créative (savoir et innovation)

- des coûts d’exploitation compétitifs

- une économie diversifiée (jusqu’à 7 grappes en interrelation)

- une qualité de vie enviable (coût de la vie, sécurité, culture, etc.)

- un important pôle d’attraction touristique et d’immigration (…)

 

Malgré tout les atouts cités, Michel Leblanc admet que nous aurons d’importants défis à relever si nous voulons éviter que Montréal ne périclite. Ainsi, la métropole souffre du vieillissement de ses infrastructures et d’une importante congestion routière, fruit d’un manque de vision au niveau de la planification urbaine. Et, contre toute attente, cet interlocuteur admet que l’immigration ne constitue pas une alternative viable au vieillissement de la population active. Il nous prévient que la métropole n’est plus une destination bon marché pour les américains, tout cela en rapport avec la hausse du dollar canadien et la crise économique qui sévit chez nos voisins du sud.

Michel Leblanc déplore l’absence d’une vision stratégique en matière de transport et d’aménagement urbain, alors qu’il serait impératif d’« améliorer la fluidité des déplacements » et qu’il faudra bien établir des priorités du côté de la mise à niveau de nos infrastructures urbaines. Il importe, toujours d’après lui, de terminer certains de nos grands chantiers, d’opter pour des dessertes économiques et praticables en matière de transport en commun et de repenser les liens entre les différents pôles stratégiques que sont le Port de Montréal, l’aéroport PET, les ponts Champlain et Victoria, sans oublier les circuits ferroviaires qui constituent toujours d’importants actifs pour la vitalité économique de la métropole.

En outre, M. Leblanc tient à souligne qu’il faudra augmenter la « disponibilité de la main d’œuvre ». Cet objectif pourra être atteint en luttant contre le décrochage scolaire, en assurant un meilleur financement des institutions d’enseignement supérieur et en mettant de l’avant la formation technique.

Tous les participants à cette conférence semblaient, d’ailleurs, s’entendre sur le fait que Montréal souffre d’une pénurie de main d’œuvre qualifiée dans le domaine des métiers et techniques. La formation d’un plus grand nombre de techniciens, actifs au sein de corps de métiers qui sont toujours de mise, deviendrait même le nerf de la guerre pour les années à venir.

 

Des facteurs exogènes

La mauvaise gouvernance et l’absence de choix stratégiques ne sont pas les seules causes de la difficile reprise économique. Il ne faudrait pas oublier la hausse du dollar canadien, la délocalisation de plusieurs centres de production ou la manque de main d’œuvre technique, autant de facteurs qui ont frappé très fort certaines industries, à l’instar de celles de la mode ou du meuble.

Les États-Unis, malgré les promesses du Président Obama de développer les marchés dédiés aux énergies vertes, demeurent des partenaires commerciaux extrêmement protectionnistes et toujours autant dépendants des énergies fossiles. Le fait que d’énormes réserves pétrolières et gazières aient été détectées chez nos voisins du sud fait planer bien des inquiétudes du côté des fournisseurs albertains ou québécois.

Finalement, la crise économique est loin de se résorber en Europe et, même si les États-Unis viennent d’éviter le dépôt de bilan, l’édifice de la mondialisation des échanges marchands risque de s’effondrer sans crier gare, n’en déplaise à certains économistes qui prévoient une reprise économique pour l’horizon 2013 – 2014. Malgré sa fragilité apparente, Montréal pourrait tirer son épingle du jeu en raison de sa position stratégique sur le continent et de son rôle comme interface au niveau des transports et des échanges commerciaux.

 

Montréal : une interface entre des intérêts discordants

L’ancienne administration du Maire Tremblay a beaucoup misé sur la création d’un Quartier des spectacles de Montréal qui agirait comme une interface permettant que s’interpénètrent les secteurs du tourisme et de la culture. Cette approche qui table sur l’implantation de quartiers thématiques (Vieux-Montréal, Quartier international, Quartier des spectacles, Quartier chinois, Quartier Concordia et, bientôt, Quartier du Musée (des Beaux-Arts), etc.) afin de créer des pôles d’« attractivité » s’inspire des idées phares de Richard Florida, un théoricien qui est devenu une sorte de Pape de la marchandisation des espaces publiques.

Si cette approche aura permis de canaliser les fonds publics vers un développement urbain à portée mixte – et supposé devenir un facteur de dynamisation des anciens quartiers – nous attendons toujours le verdict du temps pour voir si ses fruits seront aussi alléchants qu’on le prétend. En fait, il est apparent que ces opérations de revitalisation urbaine auront surtout fait l’affaire des développeurs immobiliers et de leurs alliés respectifs. Mais, QUID d’un développement urbain et économique en profondeur ?

 

Et, le boom immobilier dans tout ça ?

L’activité immobilière est toujours florissante, bien que plusieurs observateurs aguerris craignent qu’une bulle spéculative (marché résidentiel) ne finisse par créer une menace sur la stabilité des marchés et la relance du secteur de la construction. Par ailleurs, le marché des immeubles institutionnels a énormément profité des politiques de subsides offertes les divers paliers de gouvernement, dans le sillage des grands projets de l’ancien gouvernement Charest. C’est dans ce contexte – sans réelle réflexion de fond et sérieux consensus – que deux énormes complexes hospitaliers ont vu le jour (CUSM – Pôle Westmount et CHUM – Pôle Quartier latin) avec les ratés administratifs que l’on connait. À trop vouloir relancer l’économie en utilisant les grands projets gouvernementaux il y a risque de créer des monstres inaptes à s’intégrer à leur quartier d’ancrage.

Profitant des bas taux d’intérêts, maintenus par la Banque du Canada, les développeurs et les promoteurs immobiliers ont jeté leur dévolu sur plusieurs anciens faubourgs ouvriers de la métropole. Certains, à l’instar de Griffintown, dans le Sud-Ouest, assistent à une véritable ruée vers l’or de la part d’investisseurs qui n’hésitent pas à acheter et à revendre des unités qui n’ont toujours pas été construites. Cette technique, appelée FLIP par les experts en immobilier, peut contribuer à faire monter artificiellement les prix à un niveau qui pourrait menacer une bulle immobilière gonflée par une spéculation endémique qui n’est pas pour réjouir les stratèges qui ambitionnaient d’inciter un plus grand nombre de familles de venir s’établir à Montréal. Ce phénomène de pure spéculation pourrait contribuer à maintenir l’offre d’unités familiales à l’extérieur de Montréal, pesant, par voie de conséquence, sur le développement immobilier de l’offre commerciale.

En clair, la rénovation urbaine des anciens faubourgs ouvriers ceinturant le centre historique de Montréal se confond avec les opérations immobilières menées par des investisseurs qui se préoccupent peu des effets à plus long termes de leur projet. Dans un contexte où Montréal ne dispose pas d’une assiette fiscale suffisante pour satisfaire aux besoins de ses services de proximité – et de son développement stratégique –, il est à craindre que ce phénomène prenne de l’expansion dans un avenir proche.

Malgré tout, certains projets immobiliers permettront de remettre à niveau les infrastructures concernées, de réaménager les espaces publiques et de créer une nouvelle offre commerciale qui pourrait dynamiser la vie des abords du centre-ville. Tous s’entendent pour le dire : si Montréal aura réussi à maintenir son centre-ville en vie, il est à craindre que le patient ne finisse par s’essouffler au rythme où se développent les nouveaux pôles urbains des proches banlieues.

 

Un manque de vision stratégique

Il n’y a pas à dire, la corruption endémique, gangrenant certains secteurs des industries de la construction, du génie conseil, des services administratifs ou financiers, aura fait son lit sur une culture politique qui semble avoir manqué de vision d’ensemble. Alliés à l’incurie municipale – perdurant depuis trop longtemps – le laxisme et le manque de vision de la classe politique ont fait en sorte d’hypothéquer la relance de Montréal, à une époque où le Québec a plus que jamais besoin d’une métropole phare.

C’est surtout un manque flagrant de coordination au niveau de l’établissement des priorités – et l’absence d’une mise à niveau du plan d’urbanisme – qui est la cause de cette incapacité montréalaise à régler les questions les plus urgentes.

Un véritable plan de transport – en conjonction avec ses imbrications au niveau métropolitain – n’a véritablement pas vu le jour. À la place, l’administration Tremblay aura accouché d’une souris, soit d’un plan de transport cosmétique qui semblait taillé sur mesure afin de desservir certains circuits touristiques et pour damer le pion à une opposition réclamant une bonification du transport en commun en milieu urbain.

Ainsi, une vision stratégique – en bonne et due forme – permettrait de profiter d’un plan de transport à l’échelle métropolitaine pour relancer l’industrie du matériel roulant au Québec, de tirer parti des concours d’architecture afin de mieux intégrer le développement immobilier au réaménagement des anciens quartiers montréalais, de mettre en relation les diverses fonctions socio-économiques et culturelles qui forment le caractère d’une vraie métropole.

S’il est manifeste que plusieurs de nos ténors – du monde de la finance et des affaires – s’entendent sur un certain diagnostic du patient montréalais, il n’en demeure pas moins que c’est au niveau politique que le bât blesse. À défaut d’une direction politique affirmative, le monde des affaires québécois demeure prisonnier des grandes bourrasques économiques qui tempêtent à l’international. À l’heure de l’accélération des négociations portant sur un accord de libre échange CANADA-UNION EUROPÉENNE, il est à craindre que le Québec perde le peu de souveraineté économique qu’il lui restait.

Reste à voir si la classe politique – toutes tendances confondues – aura assez de coeur au ventre pour se ressaisir et prendre les mesures qui s’imposent pour que Montréal demeure dans le peloton des métropoles qui résistent à l’effritement de leur raison d’être : des milieux de vie dynamiques et conviviaux.

 

IMPORTANTE ÉTUDE QUI CORROBORE NOS OBSERVATION :

Perspectives sectorielles 2012-2014 – Région de Montréal, une étude menée par Service Canada

LIEN:

http://www.servicecanada.gc.ca/fra/qc/perspectives_sectorielles/ps_MontrealPartie2B.shtml

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand les édiles ne servent plus les intérêts de leurs commettants

 

par Patrice-Hans Perrier

 

Montréal implose alors que la classe moyenne aura fini par fuir vers les banlieues, laissant le tissu urbain littéralement fracturé et les finances publiques exsangues. Le Maire Tremblay vient de tirer sa révérence en pleine tourmente en laissant le soin à sa garde rapprochée de mener la barque en l’absence d’un grand timonier. Plusieurs grandes langues murmurent de plus en plus ouvertement que c’est un Denis Coderre – ou toute autre grosse pointure politique de même acabit – qui devrait «reprendre la main» aux prochaines élections municipales. Permettez-nous d’émettre quelques doutes salutaires.

 

La démocratie municipale en perte de vitesse

J’ai pratiqué le journalisme sur la scène municipale des années 2004 à maintenant, grosso modo. Ainsi, je me suis faufilé (et c’est le cas de le dire) dans cet interstice qui permet à la classe politicienne et aux simples citoyens de cohabiter et je parle, ici, des conseils de Ville et d’arrondissements.

Il était fort divertissant de voir surgir (avec leurs gros sabots) les représentants des grands médias à chaque fois qu’un élément d’un dossier médiatisé allait se retrouver en séance du conseil. Je me souviens du brouhaha entourant «l’affaire Catania» ou celle, encore plus médiatisée, des fameux compteurs d’eau. Et que dire des PPU concernant l’aménagement du Quartier des spectacles ou le réaménagement de l’Autoroute Bonaventure. Même son de cloche pour la présentation du budget de la ville-centre et autres exercices comptables de grande envergure. Les conseils de ville ou d’arrondissement semblaient taillés sur mesure pour procéder à de grandes annonces ou remettre les pendules à l’heure dans le sillage de certaines controverses juteuses.

Toutefois, la période de questions des citoyens ressemblait à un appendice municipale … un exercice permettant à quelques citoyens frustrés de venir se défouler ou à une poignée de partisans de venir mousser l’adoption d’un règlement ou de conspuer un conseiller en particulier. Tout cela puait le plus grand mépris envers les contribuables, les citoyens lambda qui forment, pourtant, la charpente de la démocratie municipale. Pour tout dire, les séances municipales ressemblaient – à s’y méprendre – aux conseils d’administration d’une grande corporation, alors que les plus petits actionnaires sont souvent mis devant les faits accomplis.

En fait, l’administration Tremblay – et tout l’aréopage des mairies d’arrondissement – aura géré les affaires courantes de la métropole comme celles d’une entreprise privée. Il y avait toujours des budgets pour les grands projets d’infrastructure ou de réaménagement de certains secteurs, alors que les subsides pour les services de proximité et l’entretien des équipements de la métropole fondaient comme neige au soleil. Les citoyens (petits actionnaires) contribuaient pour le gros du budget, mais étaient traités comme des actionnaires de seconde zone. Le Comité exécutif, pour sa part, avait autre chose à traiter derrière ses portes closes.

 

Une gestion opaque

Prétextant un souci d’efficacité et une ouverture à la libre entreprise, l’administration Tremblay – mais aussi celles qui l’ont précédée dans une certaine mesure – aura créé une véritable nébuleuse de sociétés apparentées (Société du HavreSociété du Quartier international de Montréal Société du Quartier des spectacles et j’en passe …) n’ayant de comptes à rendre qu’à elles-mêmes et à un Comité exécutif fonctionnant comme un état dans l’état. Le simple citoyen en perd son latin.

Montréal, de l’avis de plusieurs politiciens et fonctionnaires, disposerait d’une réserve se chiffrant à près de 1 milliard de dollars au moment d’écrire ces quelques lignes. Pourtant, la municipalité accumule un important déficit récurrent au niveau de la caisse de retraite de ses employés et ailleurs aussi … arrivant à peine à offrir une prestation de services digne d’une métropole. Plusieurs arrondissements souffrent des problèmes liés à une sous-dotation, obligeant les édiles à se rabattre du côté de l’émission de permis de démolition et de construction pour se renflouer.

Tout cela sans parler de nombreux équipements de premier plan qui ont été fermés ou regroupés sous la gouverne d’entités métropolitaines ou autres : la Bibliothèque centrale de Montréal, certains chalets dans les parcs qui sont réquisitionnés de plus en plus pour des évènements privés ou dont la gestion des kiosques alimentaires semble avoir été cédée au secteur privé, des promoteurs du monde des spectacles qui tentent de faire main basse sur certaines maisons de la culture, etc. Les citoyens payent des taxes de plus en plus élevées pour avoir accès à des services qui sont onéreux, quand ils ne sont pas gérés par le privé. Ainsi, certains terrains de tennis ont été réquisitionnés par des organismes qui gèrent le temps de jeu et facturent leur accès.

Que dire des terrains municipaux et de certains bâtiments qui ont été cédés au privé pour une bouchée de pain … moyennant la création d’un hypothétique ratio d’unités d’habitation à prix modique, la décontamination d’une portion du site ou la construction d’infrastructures pour lesquelles les nouveaux propriétaires de condominiums devront se serrer la ceinture dans un avenir prévisible. On se rappellera, dans le même registre, la municipalité de Montréal-Nord qui mettait ses terrains de soccer au service d’un organisme facturant des sommes abonnements élevées dans un contexte où plusieurs familles ne peuvent se permettre une telle ponction. Un dossier qui avait soulevé pas mal de questions dans les médias locaux, mais qui fut prestement étouffé.

 

Un enchevêtrement de juridictions

Certaines artères routières sont de juridiction d’agglomération, certains services relèvent des arrondissements, la ville centre prélève les taxes et gère les grands projets du Maire (toujours derrière les portes closes du Comité exécutif), sans oublier un nombre croissant d’infrastructures, équipements et projets qui tombent sous la coupe de sociétés para-municipales dont il peut être ardu de connaître les états financiers. En bref, Montréal n’est plus une ville, c’est une zone de non-droit, une agglomération d’anciennes municipalités ou de quartiers morcelés qui ressemble à s’y méprendre à un champ de bataille. Les citoyens ordinaires fuient malgré les promesses électorales, les projets immobiliers prétendument destinés à la famille et le programme «Accès-Logis» de la municipalité. Les familles avec enfants quittant de plus en plus le centre-ville – et les arrondissements limitrophes – d’après le dernier recensement de 2011.

Montréal est un gruyère, un terrain de jeu pour les promoteurs et leurs affidés, la caste des politiciens municipaux qui n’a plus de compte à rendre à la population qui ne s’est PAS déplacée pour venir voter lors des dernières élections (autour de 38 % de la population s’est exprimée au dernier rendez-vous). Et, cerise sur le gâteau : un nouveau budget qui est particulièrement salé pour les contribuables ! Le premier citoyen de la métropole ayant jeté la serviette, il y a peu, il faudra profiter de l’intérim pour mettre un terme à cette fuite en avant. La mise en tutelle de Montréal ayant été écartée – jusqu’à nouvel ordre – par le gouvernement Marois, il ne reste plus qu’à mettre en place un directoire qui devra rendre des comptes précis au Ministère des Affaires municipales. Mais, ce n’est pas assez.

 

Un bureau des grands projets

Le comité exécutif doit devenir transparent et ne peux plus – sous aucun prétexte – gérer en catimini de grands projets urbains qui sont souvent une couverture pour des opérations immobilières d’envergure. Un bureau des grands projets doit, impérativement, s’occuper de déterminer les priorités, la conception et la gestion des opérations de revitalisation et de bonification des secteurs névralgiques de la métropole. Outre un contrôle comptable serré des dépenses anticipées, il s’agira de remettre sur les rails un développement urbain qui soit autre chose qu’une succession d’opérations destinées à combler les attentes des commanditaires de la machine électorale ou à appâter de nouveaux investisseurs désireux de venir miser sur ce qui s’apparente à un jeu de casino.

L’ancien département d’urbanisme devra, aussi, être rapatrié vers la ville-centre, en conservant des antennes au niveau des arrondissements. Le budget d’opération de la Ville de Montréal devra prioriser la dotation au niveau des besoins des arrondissements et un AUDIT doit être mené tambours battants au niveau de la comptabilité des grands projets, de la mise à niveau des infrastructures et du réaménagement d’un nombre important d’espaces publiques et … civiques. La Ville de Montréal doit conserver les coudées franches au chapitre de l’administration des opérations courantes et de la prestation des services de proximité, mais tous les grands chantiers devront faire l’objet d’une forme ou d’une autre de mise en tutelle. Et, un bureau des grands projets nous semble être la structure toute indiquée pour ce faire.

 

Ressouder le tissu urbain

Montréal ne doit PAS devenir une AGGLOMÉRATION CENTRALE formée de zones franches – administrées par des organismes opaques – où, seuls, les promoteurs immobiliers et les investisseurs étrangers font la loi. Il faut revenir à ce qui s’apparenterait au concept d’«Une île, une ville». Le gouvernement Marois pourrait même en faire un des principaux thèmes de sa prochaine campagne électorale … sans pour autant que l’on retombe dans le cauchemar des référendums. Les 200 000 électeurs du West-Island ne peuvent et ne doivent PAS faire la loi pour 2 millions d’insulaires qui ne s’y retrouvent plus. Nous avons vu le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) être géré par une caste de spoliateurs étrangers se votant des émoluments disproportionnés dans la plus grand impunité. Il n’y a pas de place à Montréal pour deux structures d’aussi grande envergure. Il doit n’y avoir qu’UN SEUL et même centre universitaire de santé. Avec un directoire unique. Les deux grandes facultés de médecines seraient, bien entendu, toujours dans le coup.

Les dernières modifications de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU) ont été apportées en vue de créer une MÉGA-STRUCTURE d’agglomération, histoire de former un monstre proto-municipal de 4 millions d’habitants. Un Québec dans le Québec. Si le Parti Québécois est réellement conscient de la donne, il lui faudra batailler très fort pour que Montréal redevienne la métropole du Québec et une ville où «il fait bon vivre» … à nouveau. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu électoral. Il s’agit de l’avenir du poumon économique d’un Québec que l’on souhaite autonome, dynamique et durable.

 

 

 

 

 

Quand la corruption gangrène l’espace vital de notre citoyenneté

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

Le patronage

La nation québécoise se réveille brutalement après trois décennies de néolibéralisme appliqué à toutes les sauces. En effet, après la défaite du premier référendum sur l’indépendance du Québec – et dans le sillage du traitement de choc administré par nos médecins politiques – le citoyen lambda est plus que jamais le dindon de la farce.

Prétextant une relance de l’économie locale, l’équipe du premier ministre Charest a mis en branle une pléiade de chantiers de mise à niveau des infrastructures urbaines et routières qui ressemble à une véritable ruée vers l’OR. Tout en se réclamant d’une philosophie qui ferait grand cas du développement durable, nos dirigeants nous donnent l’impression de vouloir se faire réélire en mettant la table pour des retours d’ascenseurs qui font saliver bien du monde.

Les récentes déclarations de Jacques Duchesneau, ancien responsable de l’Unité anti-collusion (UAC), jettent de l’huile sur le feu, laissant entendre que nous serions peut-être revenu à la case de départ … à l’époque d’avant la Révolution tranquille, alors que le patronage constituait le modus operandi de tout l’appareillage politique et financier de la «Belle province».

 

Duchesneau et le chef

Jacques Duchesneau a mené, de son propre chef, une petite enquête qui aura soulevé le voile sur plusieurs pratiques douteuses de financement des partis politiques … et qui aura fait sortir de ses gonds l’avocate du Parti Québécois (PQ). Peu importe que l’ancien policier ait agi en marge de la déontologie : les fameuses notes de cette enquête semblent contenir assez de matière pour terroriser les deux grands partis politiques qui se partagent l’assiette électorale du Québec.

Et, la présente Commission Charbonneau peut tabler sur les 18 mois de l’enquête menée par le principal intéressé pour préparer une rentrée qui s’annoncera corsée. Il semblerait que des vases communicants relient, bel et bien, un nombre considérable d’entreprises de la construction et des grands travaux routiers aux rouages de la collecte de fonds pour les campagnes électorales de notre classe politique. Tout cela a été prouvé à une autre époque, alors pourquoi pas en 2012 ?

Déjà, plusieurs observateurs s’interrogent sur la pertinence d’avoir mis en branle la construction de deux MÉGA-HÔPITAUX universitaires, dans un contexte où le Québec peine à trouver les fonds suffisants pour décontaminer plusieurs de ses centres hospitaliers et administrer leurs salles d’urgence. Pourquoi ce coup d’accélérateur alors que le ministre des finances, Raymond Bachand, nous a présenté, coup-sur-coup, des budgets d’austérité qui ont fait mal à la classe moyenne depuis 2010. D’ailleurs, il semblerait que le grand argentier mette en doute – au moment de composer ce billet – l’ampleur de certains travaux qui pourraient rencontrer de sérieux problèmes de financement à court terme.

 

Les dindons de la farce

Nous avons le sens de l’humour au Québec. Toutefois, certaines farces finissent par couper l’appétit. Outre l’augmentation des frais de scolarité, il y a aussi ce fameux «ticket modérateur» qui est suspendu, comme une épée de Damoclès, au-dessus de la tête des usagers d’un système de santé qui traîne de la patte. Il y a aussi la fameuse taxe sur l’essence qui vient s’ajouter à tout un lot de ponctions administrées aux classes laborieuses. Dans un contexte où une nouvelle crise économique pourrait éclater de nouveau, nos dirigeants politiques semblent pressés d’accueillir un maximum d’investisseurs dans le domaine de la prospection minière, gazière ou pétrolière. Tout cela sans oublier la valse des milliards promis pour la réfection des infrastructures routières et la bonification d’une part importante du parc immobilier des institutions de l’état.

L’état, comme les médecins de Molière qui pratiquaient d’abondantes saignées, vide les poches du citoyen lambda et utilise les montants de la ponction pour subventionner des travaux consentis à des entreprises qui … pourraient bien être de généreux contributeurs à certaines caisses électorales.

Et, nous ne faisons qu’effleurer la question du financement politique ici … En effet, outre une (certaine) corruption du monde de la construction et du génie conseil, l’ouverture anticipée de nos marchés publics à l’espace de la Communauté européenne fait saliver plusieurs géants français et européens des grands travaux publics.

 

Moins de béton, plus de démocratie

Que l’argent qui circule dans les caisses des partis politiques soit propre ou sale, rien ne change la donne fondamentale. Bien au-delà du financement politique et des accointances entre l’état et certains dirigeants d’entreprise, c’est toute la question de notre philosophie du développement urbain et économique qui reste en suspens. En effet, pourquoi toujours investir PLUS dans le béton, alors que la santé de nos finances publiques et celle des marchés réclament de nouvelles approches.

Le développement durable n’est PAS seulement qu’une affaire de «lessivage vert» de l’argent sale et des pratiques douteuses … c’est, d’abord et avant tout, une nouvelle façon de reconnecter les vases communicants qui oxygènent les relations entre le capital et la classe politique. Quand les citoyens sont ENFIN mis à contribution dans l’agora des décisions de l’état. Alors qu’il faudrait bien instituer une certaine dose de proportionnelles aux élections, mettre fin au système d’un bipartisme qui fait le jeu des oligarchies et convaincre les abstentionnistes de participer à la joute politique.

 

 

 

 

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

Le Grand Prix du Canada et sa cohorte de Formule 1 ont plié bagage il y a une semaine. Événement fort médiatisé, ce grand rodéo représente une sorte d’apologie du moteur à explosion. Et, même si le XXe siècle est déjà derrière nous, l’automobile règne toujours sans partage en Amérique du Nord. Pourtant, Européens et Asiatiques ont resserré depuis longtemps leurs mesures de contrôle sur les émissions de CO2 des bagnoles. Pourquoi sommes-nous toujours à la traîne ?

 

Propulsion 100 % électrique

Un exemple de véhicule alternatif  électrique présenté dans le cadre d’un salon sur l’environnement – Vieux Port de Montréal
PHOTO Patrice-Hans Perrier
 
 

 

 

Une situation critique

Pas besoin de nous faire un dessin pour comprendre l’équivoque qui aura entouré les nouvelles politiques de gestion du trafic misent de l’avant par l’équipe du Maire Ferrandez sur le Plateau Mont-Royal. L’édile s’est fait tirer les oreilles – par l’opinion publique et les médias – suite à l’adoption d’une flopée de mesures passablement contraignantes pour les automobilistes en transit et certains commerçants de la rue Mont-Royal. Malgré des objectifs nobles, cette figure de proue de Projet Montréal aura peut-être manqué de doigté au chapitre de leur application dans « la vraie vie ».

Toujours est-il que les arrondissements centraux ne peuvent plus faire les frais de l’augmentation continue d’un trafic de transit qui affecte la quiétude de leurs résidents, mais tout autant l’état des infrastructures locales et… d’une assiette budgétaire qui est réduite en peau de chagrin. Il faut dire que certaines voies artérielles servent de grands boulevards pour les banlieusards qui sont pressés de se rendre d’un point A à un point B, comme si les anciens quartiers de la métropole n’existaient plus.

 

Dommages collatéraux

La Direction de la santé publique de Montréal estime que le trafic routier est responsable d’un fort pourcentage d’accidents impliquant des piétons ou des cyclistes, tout cela sans oublier son incidence sur les maladies respiratoires ou cardiovasculaires. L’automobile « tue » littéralement dans les quartiers centraux, avec une espérance de vie qui est nettement en decà de celle qui est observée dans les quartiers périphériques.

Et, il n’y pas que les résidents du centre-ville qui font les frais de l’auto-solo: il n’y a qu’à voir l’interminable file d’attente sur la rue Sherbrooke – en direction du Pont Jacques Cartier – pour comprendre que les automobilistes subissent, eux-aussi, une part de stress proportionnelle aux embouteillages. Certaines études sur le trafic estimant qu’un déplacement – aux heures de pointe – des Basses Laurentides jusqu’à Longueuil, en passant par le centre-ville de Montréal, pourrait consommer près de trois heures de supplice !

 

Une culture de l’auto indéracinable

Si l’automobile est responsable d’une congestion qui rend le centre-ville impraticable et irrespirable, elle est aussi la cause de l’important déficit de la balance commerciale du Québec. C’est ce que pointe du doigt Daniel Breton, un environnementaliste à la couenne dure qui s’est joint au Parti Québécois le 20 janvier dernier en qualité de candidat potentiel pour les prochaines élections provinciales. Rejoint au téléphone, ce dernier ne décolère pas face au fait que « la pétrolière Shell soit le principal commanditaire du Grand Prix de Montréal, malgré qu’elle ait fermé son imposante raffinerie de l’est de la métropole ».

Celui qui a fondé l’organisme Maître chez Nous – 21e siècle, en 2005, aime à rappeler que René Lévesque et Jean Lesage furent des précurseurs lorsqu’ils ont mis en branle leur stratégie de nationalisation de l’hydroélectricité et que nous leur devons une fière chandelle au chapitre de notre autonomie énergétique. Toutefois, il souligne que, « malgré les acquis de la Révolution tranquille, le faible ratio de la population versus l’immense étendue de notre territoire aura aidé à mousser une culture de l’automobile qui semble indéracinable ».

 

Se tirer dans le pied

Mon interlocuteur estime que plusieurs grands projets du gouvernement Charest ont menacé sérieusement notre bilan environnemental et ont failli remettre en question les acquis de la nationalisation de nos ressources hydroélectriques. Ainsi, les ports méthaniers de Rabaska et de Gros Cacouna, sans oublier la centrale de gaz naturel du Suroît, constituaient des projets qui nous auraient ramenés en arrière, compromettant notre position de leader à l’échelle canadienne. Et, malgré un discours pro environnement, ce gouvernement a été pointé du doigt par le Commissaire au développement durable, Jean Cinq-Mars, lors de l’analyse du Plan de lutte aux changements climatiques pour les années 2006 – 2012.

Cette analyse révélait que l’administration Charest aura affecté 1,5 milliard de dollars pour la mise en place de ce fameux plan, mais qu’aucune mesure d’évaluation ne fut adoptée afin de juger de son efficacité. Par ailleurs, Breton affirme que la baisse des émissions de Gaz à effet de serre (GES) serait beaucoup plus associée à la crise économique de 2008, qu’aux réels impacts des programmes environnementaux de l’actuel gouvernement. En définitive, le gouvernement Charest aurait pratiqué une politique de laxisme en matière de protection de l’environnement et de mise aux normes des pratiques industrielles en cours.

 

L’industrie des hydrocarbures a le bras long

Le « tout-à-l’auto » ne fait pas sourciller que les environnementalistes, puisque plusieurs économistes réalisent qu’il y a un prix à payer pour notre absence de vision et de cohérence. Daniel Breton fait remarquer qu’« au niveau des importations d’hydrocarbures, ça nous coûte entre 13 et 18 milliards de dollars en importation par année. Il s’agit du principal facteur responsable de notre balance commerciale négative ».

Et il ne se gêne pas pour dénoncer ses adversaires libéraux, en rappelant que « l’an passé, au moment des discussions sur la fermeture anticipée de la raffinerie Shell, la ministre Nathalie Normandeau avait juré d’en évaluer les impacts sur la sécurité énergétique du Québec. Le gouvernement a même décidé de tenir une commission parlementaire sur la question, au début de 2011, et la ministre attendait la publication du rapport de cette instance pour prendre une décision finale. Fin juin 2011, elle autorisait la fermeture de la raffinerie Shell alors que le rapport n’avait toujours pas été rendu public ! ».

 

Des assistés sociaux corporatifs

Breton s’insurge contre la connivence qui s’est installée entre les grandes pétrolières et nos gouvernements. « Il faudrait prendre en considération les 1.4 milliard de subventions directes du gouvernement fédéral en faveur des industries pétrolières, sans oublier les crédits et baisses d’impôt consentis à ces mêmes entreprises. Pas surprenant, poursuit-il, que nos gouvernements subventionnent entièrement les pistes de courses de la Formule 1 et versent de généreuses ristournes à des promoteurs qui pratiquent un chantage éhonté prenant en otage la classe politique ». Et, de mettre le doigt sur le fait qu’« il est aberrant de présenter les courses de Formule 1 comme quelque chose de socialement acceptable, alors que ces bolides consomment autour de 75 litres de carburant au 100 km… ».

 

Changement de cap

Comme tout bon politicien, Daniel Breton se targue de faire partie d’une équipe qui possède, peut-être, des éléments de solution qui pourraient nous aider à solutionner l’impasse. Il affirme que « s’il est au pouvoir, le PQ mettra de l’avant une politique d’électrification massive des transports. Le but de cette politique sera de nous aider à atteindre une réelle indépendance énergétique vis-à-vis des énergies fossiles en tirant parti de projets québécois d’envergure. Ainsi, nous préconisons d’utiliser notre aluminium à bon marché pour fabriquer du matériel roulant qui nous permettra, enfin, de posséder un réseau de transport en commun de haut niveau. Il faut se poser des questions lorsque l’on réalise que la fabrication de l’aluminium – sous forme de lingots – représente toujours notre premier produit d’exportation », précise-t-il.

N’y allant pas par quatre chemins, le bouillant politicien rejoint notre position lorsqu’il affirme que « le Grand Prix du Canada est un évènement du XXe siècle qui est devenu ringard en bout de ligne ». Reste à voir si la classe politique échappera à sa propre ringardise, histoire de dépasser les habituels clivages et de prendre faits et causes pour de nouvelles orientations en matière de transport et de développement urbain.

 

LIEN: http://affairessansfrontieres.bwob.ca/blogue/exportations-une-bonne-nouvelle-qui-en-cache-une-mauvaise/

 

 

 

 

 

 

Quatrième article d’une série de 6 portant sur le délitement de la cité occidentale / DOSSIER  - MIRAGES URBAINS -

 

Esquisse d’une ville organique en plein désert de l’Arizona

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

«L’architecture doit parvenir à exprimer cette dimension extrêmement importante de l’humanité : la communauté entendue non pas comme séparation de cellules individuelles mais comme combinaison de ces cellules individuelles dans un système plus global qui représente la «surindividualité» de la civilisation.»

- extrait d’un entretien donné par Paolo Soleri en 2006 au site Floornature

 

 

Un oeuvre en développement permanent

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arcosanti une vue panoramique
Source:  http://dustysue.over-blog.com/article-voyage-2005-2006-20-visite-a-arcosanti-ville-du-futur-75226243.html#ixzz1uxDN0BVe

 

 

Mesa City, cité sortie de l’imaginaire de Paolo Soleri, était conçue au départ pour accueillir 2 000 000 d’habitants. Cette «ville organique» a été imaginée par Soleri et ses étudiants à partir de dessins et de maquettes agrandis qui nous font penser à des coupes de gigantesques fourmilières. De fil en aiguille l’esquisse est devenue un petit hameau perdu sur un terrain de 10 hectares, environné par une nature souveraine. Fondée en 1970, dans l’état de l’Arizona, au nord de la ville de Phoenix, Arcosanti représente un peu le prototype d’une ville organique en accord avec les principes de l’Arcologie.

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Axonométrie d’Arcosanti – Archives Paolo Soleri

 

 

Architecture et écologie à l’unisson

Née de la contraction des termes architecture et écologie, l’Arcologie est un principe qui guide l’implantation d’unités d’habitation et de production destinées à minimiser l’impact de l’activité humaine sur la nature. L’idée étant de favoriser un développement urbain qui puisse être organique et non plus arbitraire, le principal intéressé mettant de l’avant des notions telles que l’autogestion, le bon voisinage ou l’organisation de communautés solidaires et autonomes.

Mais il y a plus, puisque le concept d’Arcologie s’inspire des recherches menées par des géants tels que Frank Lloyd Wright ou Le Corbusier sur la combinaison harmonieuse des unités de mesures avec les propriétés naturelles de certains matériaux à l’instar de la céramique ou du béton. Très tôt, Soleri s’est mis à expérimenter les matériaux de construction, tels que la céramique.

 

Des lieux de travail épanouissants

Au tout début de sa carrière, il construit une usine révolutionnaire à Vietri sul Mare, en Italie. La "Ceramica Artistica Solimene"  se rapproche d’un musée et permet aux différentes unités de production – autant les dessinateurs que les artisans – de travailler de façon concertante. S’inspirant de certains ateliers de la renaissance, l’architecte voulait faire de cette manufacture de composantes en céramique un lieu de conception et de production inspirant : tout sauf une usine organisée de manière systématique. L’architecte visionnaire avait même utilisé des amphores découvertes sur le site pour s’en servir pour l’isolation thermique de l’usine.

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
USINE DE COMPOSANTES CÉRAMIQUES Vietri sul Mare
Source: http://blog.beasleyandhenley.com/ 

 

 

Une nouvelle conception de l’habitat

Déjà, lors de la conception de l’usine de Vietri sul Mare, on retrouve les bases de son futur travail sur des espaces de vie autosuffisants qui réuniraient plusieurs fonctions nécessaires à l’organisation sociale. Ainsi, les lieux de résidence, de production et de loisir pourraient être – idéalement – imbriqués les uns avec les autres, au sein de complexes de vie «évolutifs».

Penseur et praticien visionnaire de l’architecture, Paolo Soleri affirme s’inspirer de «la civilisation italienne qui, malgré tous ses défauts, est parvenue à donner naissance à une histoire presque merveilleuse, une partie de cela résultant de la structure sociale et sentimentale des italiens», pour reprendre ses propos captés lors d’un entretien donné en 2006.

Un peu à la manière des expérimentations sur le béton d’un Pier Luigi Nervi, Soleri travaille sur les capacités structurales des matériaux tirés de la terre, mais aussi sur les étonnantes variations de formes et de motifs rendus possibles grâce aux techniques de coffrage ou de moulage. On retrouve tout au long de son œuvre ce constant souci d’incorporer des techniques traditionnelles avec certaines technologies de pointe à l’œuvre dans l’industrie du bâtiment.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arcosanti ateliers artisans air libre
Source:  http://forum.skyscraperpage.com/showthread.php?t=162189

 

 

Structuraliste dans sa démarche, l’architecte visionnaire estime que l’humanité devra dépasser l’égoïsme qui caractérise nos sociétés actuelles si elle veut être en mesure de survivre. Il affirme que «la terre peut très bien se passer de nous», mais que nous ne pourrons pas survivre si nous continuons à développer les villes suburbaines de la postmodernité.

Son approche architecturale s’inspire fortement de la sociologie et même de l’anthropologie. Il estime que l’autosuffisance est un mythe et que, au contraire, nous avons besoin les uns des autres pour survivre dans un contexte où nos cités devraient s’adapter à l’environnement naturel. Il importe – toujours selon ses préceptes – de reconnaître notre totale dépendance à la nature, ce qui impliquerait de concevoir le développement technologique comme une avenue mitoyenne entre les activités de l’espèce humaine et l’environnement naturel.

 

Changement de paradigme

À termes, Soleri estime que la culture serait le produit de l’action de notre intelligence sur l’environnement naturel. Il y a donc, ici, une conception sous forme de boucle de rétroaction qui permettrait de ne plus opposer la culture à la nature. Il pousse cette idée très loin lorsqu’il affirme que «l’humanité est entrée dans la phase technocratique ou technologique, une phase qui implique que la démarche que nous cherchons maintenant à accomplir n’est pas naturelle … c’est une démarche qui dépasse la nature, une chose très risquée, mais qui peut ouvrir l’univers à l’intelligence humaine».

Cette approche nous rappelle celle des architectes de la Renaissance italienne, alors qu’ils tentaient de réconcilier les mesures du corps humain avec l’organisation et l’implantation des villes du futur. Toutefois, la démarche de Paolo Soleri n’est pas ethnocentrique. Et encore moins «naturaliste». Il précise qu’on ne peut pas arrêter le progrès, le devenir de la connaissance humaine et de ses champs d’application. Mais, il y a, certes, des habitudes de consommation ou des manières de faire qui devraient être corrigées d’après lui.

 

La cité idéale

La démarche architecturale et urbanistique de Soleri s’inscrit dans l’antique tradition de la cité utopique. Tradition qui aurait fécondé deux ramifications : les utopies qui prennent appui sur l’ordre et celles qui préconisent plutôt la liberté. De fait, la pensée utopiste idéaliserait une cité idéale qui réconcilierait les humains avec la nature et avec leur prochain. Si l’utopie peut sembler une dangereuse chimère – amorce de nombreux régimes concentrationnaires – il n’en demeure pas moins qu’elle est essentielle au progrès de l’humanité, puisqu’elle agit comme un puissant stimulant moral et intellectuel.

C’est sans doute la cité utopique de Platon qui pose problème pour nombre de penseurs de la postmodernité. En effet, ce philosophe de l’antiquité souhaitait que les individus soient remplacés par des citoyens obéissant à l’ordre cosmique d’une cité «radieuse». Et, pour atteindre à cette forme d’organisation, Platon préconisait de remplacer l’organique par l’organisation, comme moteur de civilisation. Comble de systématisme, Platon déclarait qu’il faudrait se résoudre à anéantir la famille, perçue comme une unité de vie incompatible avec les devoirs de la citoyenneté.

Cette vision d’une cité fonctionnant à la manière d’une gigantesque fourmilière aura certainement inspiré Charles Fourier pour la conception de sa Théorie de l’unité universelle. Ce penseur du début du XIXe siècle prônait un remodelage complet de la société à partir des principes de l’association et de la coopération. La cellule de base de cette société idéalisée aurait été le phalanstère, sorte de communauté où le partage quasi intégral aboutirait à des «associations de ménages». Donc, exit le noyau familiale et ce précurseur de l’urbanisme moderne préconisait la conception d’unités de logement qui seraient en conformité avec le système social qu’il ambitionnait de mettre en place.

Toutefois, l’urbanisme de Fourier prévoyait harmoniser les activités de l’industrie à celle des champs, une vision qui anticipait l’approche des cités-jardins qui annoncera le développement de nos fameuses banlieues au début du XXe siècle. C’est peut-être ici, sur la question de la mixité et de la proximité des activités humaines, que ce penseur du «socialisme utopique» rejoint l’approche de Paolo Soleri.

 

L’utopie comme force motrice

«Alors que l’idéologie ne fait que véhiculer les idées politiques inspirées, ou soutenues, par un pouvoir, l’utopie, subversive par nature, s’oppose au pouvoir et conteste la réalité qu’il impose.»

- extrait d’un article de Fernando Ainsa publié dans un numéro spécial de la revue Le Courrier UNESCO, édition de février 1991

 

La pensée utopiste prit un essor phénoménale à la fin du XVIIIe siècle, à l’époque où la révolution industrielle faisait de la production un impératif incontournable, presqu’un commandement divin. Si la locomotive permet d’acheminer les fruits de la production, l’horloge en régule les paramètres au point de coupler le temps-machine avec la journée de la main-d’œuvre. Maximiser le rendement et minimiser les pertes : voilà l’axiome du capitalisme naissant. Ce nouveau paradigme impose une nouvelle organisation des agglomérations qui va jusqu’à s’inspirer des camps militaires.

Déjà, à la fin du XVe siècle – en plein Quattrocento italien – la cité chrétienne cède la place à l’ordre marchand. La ruralité est battue en brèche par les cités-états qui s’établissent sur les côtes, faisant du commerce et de la navigation les axiomes d’une économie qui table sur les flux. La main d’œuvre devient de plus en plus mobile, les ateliers sont tributaires de la marine pour développer leurs marchés. L’économie du Moyen Age, issue de l’organisation monastique est basée sur l’exploitation de la terre et sur la transformation – à distance raisonnable – des matières premières. Les échanges commerciaux sont limitées, plus ou moins locaux et régulés par la puissance féodale. Hormis les templiers, il n’existe pas encore de grandes guildes capables de court-circuiter les ordres en place.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Couverture du livre L’UTOPIE de Thomas More, un classique
Source: http://www.librio.net/Albums_Detail.cfm?ID=32136

 

 

Michel Ragon, dans son Histoire de l’architecture et de l’urbanisme modernes nous rappelle que «la civilisation industrielle, c’est-à-dire une forme de société où la production et la richesse deviennent une manière d’exercer le pouvoir, où une nouvelle classe, la bourgeoisie, née du commerce, tend à se substituer à l’aristocratie guerrière (d’armes) et intellectuelle (de robe), a donc lentement mûri pendant cinq cents ans.».

 

 

Le monastère : l’utopie matérialisée

Le paradoxe dans toute cette histoire c’est que les monastères ont inventé l’horloge et la chronométrie des activités humaines … mécanismes indispensables au capitalisme naissant de la Renaissance. Et, pourtant, les grands théologiens – à l’instar d’un Saint-Thomas d’Aquin ont rêvé d’une «Cité de Dieu» où les impératifs de la survie auraient été réconciliés avec la nature «perfectible» des simples mortels. Mais, la règle de Saint-Benoît veillait au grain.

Les monastères ont, en effet, pratiqué une forme d’autarcie dans un contexte où toutes les activités courantes se greffaient à l’horaire stricte de la prière et du chant grégorien. Véritables petites cités, les monastères comptaient sur – outre l’église conventuelle – une infirmerie, une cuisine et un réfectoire, des dispensaires, des ateliers de confection, une forge et des ateliers de ferronneries, des cellules monastiques et des dortoirs, sans oublier les étables et autres appentis pour le soin des animaux domestiques. À cela s’ajoutait, encore, des jardins comprenant fleurs, arbrisseaux, plantes médicinales, potagers et même des ateliers pour les expérimentations sur la flore et la faune.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Plan 3D du Monastère de Saint-Gall
Source: http://www.musicologie.org/sites/s/saint_gall.html

 

 

Nous devons aux monastères – outre le chant grégorien et la transmission d’un savoir théologique considérable – d’indispensables percées dans le domaine de l’agriculture, de la botanique, de l’herboristerie, de l’enluminure et d’une pléiade de pratiques artisanales. Tout cela sans oublier la science de l’organisation et de la gestion d’une entreprise collective.

Bien sûr que les monastères ne purent prendre leur vitesse de croisière que grâce à l’apport d’une main-d’œuvre abondante et à bon marché. Et, c’est ici que l’utopie prenant appui sur l’ordre (les ordres monastiques) se confronte à celle qui prône la liberté (les monastères comme lieux d’expérimentation en vue de découvrir des panacées à la misère humain). Toute l’utopie moderne se retrouve sous forme de concentré dans la généalogie des monastères européens, puis sur les terres du Nouveau-Monde.

Si les templiers furent les premiers banquiers de l’occident, les monastères représentent une ébauche des manufactures et des entreprises de la Révolution industrielle. L’utopie de l’ordre finissant toujours par prendre le pas sur celle de la liberté. Toutefois, Michel Ragon nous prévient qu«au Moyen Age, l’Église se chargeait de secourir les pauvres, les malades, les sans-abri. Jusqu’au XVIIIe siècle, les marchands, qui conservaient encore un complexe de culpabilité chrétien, continuèrent à dépenser pour les nécessiteux. Mais au XIXe siècle, l’âpre lutte menée par les chefs d’industrie, les batailles de la concurrence, firent que les capitalistes oublièrent vite ce «devoir» pour ne plus penser qu’au profit.».

 

Vers une utopie «ouverte»

L’utopie de l’ordre a fini par triompher au sortir de la Révolution industrielle et le XXe siècle verra l’avènement d’un totalitarisme qu’aucun tyran n’avait jamais eu l’audace d’imaginer. Federico Mayor – dans la revue Le Courrier de l’UNESCO, édition de février 1991 – met sur la table une très belle définition concernant l’utopie de la liberté. Il parle d’une «utopie «ouverte» tout autre que celles qui, pour avoir enfermé la cité dans une logique niant l’expression de l’individu, ont tendu à l’écrasement de celui-ci.».

Architecte visionnaire, mais aussi réaliste, Paolo Soleri met le travail au centre de l’organisation spatiale et sociale de sa cité idéale. Arcosanti compte sur des ateliers de céramique et de métallurgie qui permettent à la communauté en place de confectionner des produits d’artisanat générant un précieux fond de roulement. Et, fait capital, cette cité devrait être capable de se développer par elle-même, au niveau conceptuel et sur le plan de la technologie. On parle donc d’un «work-in-progess» qui serait en mesure de s’adapter aux contraintes de l’environnement, de générer ses propres solutions et de se développer de façon harmonieuse.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Étonnantes propriétés des voûtes de béton agencées selon l’humeur de la communauté
Source : http://www.floornature.eu/projets-housing/projet-arcosanti-l-utopie-de-paolo-soleri-4683/

 

 

N’oublions pas que l’industriel britannique Robert Owen tentât, vers 1824, de fonder une ville utopique surnommée «New Harmony» en terres d’Amérique. Il n’y a pas à dire, l’harmonie est chevillée au rêve d’une cité utopique où les humains cohabiteraient de façon pacifique et respecteraient la nature. Et, Soleri s’inspire des traditions italiennes pour mettre le cap à Arcosanti sur des pratiques qui tablent sur la récupération des matériaux, l’adaptation aux conditions climatiques et géologiques en place et la mise en commun des compétences de chacun des membres impliqués dans cette grande aventure collective.

 

Le développement durable : au-delà de la pétition de principe

Arcosanti existe depuis une quarantaine d’années et moins de 200 bénévoles y résident. C’est donc dire qu’il y a loin de la coupe aux lèvres face aux idéaux de son fondateur. Il demeure que, malgré tout, cette ébauche a permis de tester plusieurs hypothèses de départ in situ. Ainsi, une sorte de «coquille» a été mise en place – pour reprendre les mots de Soleri – laissant le soin aux participants d’y implanter le type de programmes qu’ils souhaitaient. Exit, donc, l’utopie autoritaire, du genre communauté d’adeptes entourant un guru.

Ancien disciple de Frank Lloyd Wright, Paolo Soleri s’inspire des recherches de l’inventeur des «prairie houses» pour proposer des structures et des formes qui ne sont pas des finalités en soi. Mais, plutôt des matrices qui permettront de développer des ateliers, des unités de logements, des atriums ou des espaces de concert, des niches ombragées ou des espaces communs qui pourront se greffer à cet embryon de ville en progrès. Néanmoins, ce pionnier estime que la ville ne doit pas prendre une expansion infinie, mais donner naissance à de nouvelles cellules citadines.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Arcosanti des espaces de vie évolués
Source: http://forum.skyscraperpage.com/showthread.php?t=162189

 

 

Arcosanti – malgré certains échecs apparents – est une illustration concrète de cette idée d’un réseau de petites villes, de taille humaine, qui se développeraient en harmonie avec leur site d’ancrage. Le tissu urbain reproduisant, en quelques sortes, les sinuosités du terrain et vice et versa. L’idéal d’un développement urbain harmonieux – toujours selon cette matrice – prend donc sa place entre les théories des villes linéaires, à la Corbusier, et celles de la banlieue sans fin, comme dans Broadacre city de Frank Lloyd Wright. L’utopie de Frank Lloyd Wright s’opposant de façon irréductible à notre TOD (transit oriented development), un modèle de développement qui prend appui sur des dessertes de transport en commun pour modeler des agglomérations concentrées le long de la voie ferrée ou des caténaires.

Paolo Soleri imagine un réseau de petites villes «organiques», qui épouseraient les sinuosités de la topographie et se développeraient au gré des besoins des communautés les habitants. Toutefois, il n’y a pas vraiment de réflexion dans cette démarche sur l’interconnexion entre ces petites unités urbaines et la nécessité d’implanter des centres plus importants de production en périphérie, avec des dessertes de transport en commun qui permettraient de faire communiquer les citoyens d’une ville à une autre, par exemple.

 

Macrocosme et microcosme

Paolo Soleri n’a pas réponse à tout et on peut facilement mesurer les limites de sa cité idéale. Toutefois, il est conscient du paradigme de la société dite de l’information, soulignant qu’«avec la révolution technologique, la vie «au silicium» a acquis une signification encore plus grande et le danger est celui de l’abstraction, de la virtualité de la communication «au silicium» de l’ordinateur. Parce que nous ne sommes pas uniquement un cerveau : nous sommes des cerveaux reliés à un corps et nous devons nous souvenir de cela».

Si nous partageons l’essentiel des assertions de Soleri, nous décelons plusieurs contraintes de taille dans son projet urbanistique. En effet, comment faire pour relier une myriade de petites villes sans l’apport des réseaux de fibre optique, de la communication satellitaire et de la performance de ce foutu silicium qu’il faudra bien remplacer un jour ? Dans le même état d’esprit, on se demande comment les transports seront assurés, alors que les grands autoroutes tomberont en ruine et que l’état (ce qu’il en restera) sera forcé de fermer une part substantielle des réseaux autoroutiers …

Certains argueront qu’il sera possible de se mouvoir à pied ou à vélo, et que des réseaux de transport en commun de grande envergure pourraient permettre de relier entre eux certains chefs-lieux de ces nouvelles agglomérations. Mais, dans un contexte où les citadins s’établiraient à la campagne, à proximité de petites unités de travail et de services à la collectivité, une question incontournable nous taraude. Où donc seront produits les composantes en béton, en acier ou en verre et toute la gamme d’accessoires qui permettent d’articuler un bâtiment dans son processus de construction, mais tout autant au chapitre de son entretien et de sa durée de vie.

À l’instar de bien des utopistes, il semblerait que Paolo Soleri s’est peut-être construit un système de pensée un tantinet artificiel … malgré son amour de la chose organique ! Sur le plan architectural et urbanistique, sa conception de la «cité organique» tient la route. Mais, ce prolifique rêveur semble faire fi des contraintes technologiques issues du système économique qui gouverne nos vies. On peut difficilement imaginer comment sera amorcée cette transition technologique et économique qui rendrait possible un tel projet. À moins de revenir à l’idéal de la semi-spécialisation des petites cités, modèle de développement à mi-chemin entre l’autarcie et la cité-état de la Renaissance.

 

LIEN: http://www.arcosanti.org/

 

 

 

 

 

 

Portrait d’une ville idéale où les rapports humains seraient plus harmonieux

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

Aujourd’hui, 13 mai, c’est la fête des mères. Nous célébrons donc la genèse de toutes vies, l’espace matriciel de tous les possibles et nous ouvrirons, désormais, nos pages à l’utopie sous toutes ses formes. Puisque la cité est privée d’oxygène, d’espaces verts, de bons rapports de voisinage et de circulations civilisées, nous allons nous permettre de proposer des avenues imaginaires.

À partir de maintenant, les Carnets d’un promeneur deviendront des espaces virtuels de réflexion prospective. Qu’est-ce que la prospection ? C’est l’art de creuser par delà les limites d’une démocratie pathogène, là où des avenues humanistes seraient praticables, abordables et envisageables éventuellement.

Dans l’éventualité d’un changement de paradigme, la cité serait elle, enfin, viable ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DÉTAIL AMÉNAGEMENT UNITÉS HABITATION COLLECTIVES AUROVILLE
Source: http://www.auroville.org/thecity/architecture/collect_housing/planning_creativity.htm

 

 

L’utopie réaliste

Loin des fantasmes de la classe des biens pensants de la «rectitude politique», parvenue au purgatoire de l’échelle sociale, notre prospection représente un effort d’oxygénation de la matrice de transmission des informations. L’urbain et le municipal sont nos terrains de prédilection et nous allons poursuivre notre chemin de passeur de l’information.

Toutefois, à une époque où «l’accès à l’information» se raréfie, où certains arrondissements deviennent opaques aux besoins de leurs commettants  et où certains lobbys nous ferment leurs portes, nous avons fait notre lit sur le limon d’une information neuve.

Comment se réapproprier l’art de construire, d’aménager le domaine public ? Où trouver des ressources en termes de conseils et d’aides en tout genre ? Comment faire circuler l’information réelle, non déformée et en temps réel ? Comment tisser des liens de proximité, ultimes garants d’un espace serein et vivable ?

Et, par-delà les fantasmes de la caste des promoteurs et de leurs alliés objectifs, y a-t-il encore des rêves de vie de quartier qui seraient à portée de nos maigres moyens ? Sommes-nous condamnés à nous entredéchirer dans les espaces virtuels de la compétition victimaire et d’une consommation qui s’étiole ?

 

Un nouvel espace de communication

L’offre médiatique rétrécit en peau de chagrin, les budgets discrétionnaires ne sont plus disponibles pour les esprits libres. Pourtant, bien des «libres penseurs» patentés se les arrogent, en toute impunité, sans questionner la matrice qui les nourrit. Il n’y a qu’à voir les magazines et autres sites «branchés» dévolus à une urbanité de vitrine qui pullulent et polluent nos loisirs, nos espaces de réflexion, notre liberté.

Puisque certaines officines pensent à notre place, quantifient la gauche et la droite, pondèrent les énergies vitales et justifient la spoliation de nos forces vives, du peu qui nous restaient pour imaginer la ville de demain … alors, nous allons oser sortir du moule. Nous allons, enfin, mouiller le maillot.

Aujourd’hui, fête des mères – et certainement pas fête de la matrice pro-format – nous allons débuter par une présentation sommaire d’un grand penseur de l’urbanité et nous tenterons de dévoiler une portion de son œuvre protéiforme.

 

Arcosanti : le projet d’une vie

Quatrième article d’une série intitulée «DOSSIER  - MIRAGES URBAINS», cette présentation de la pensée et de l’oeuvre de Soleri nous permettra de faire le lien avec une nouvelle série en préparation. En effet, nous allons, sous peu, débuter une série d’articles sur les cités utopiques.

 

 

Photo Jeff Topping for The New York Times
Lien: http://travel.nytimes.com/2007/09/16/travel/16next.html

 

 

Donc, notre prochain article brossera un vibrant hommage à Paolo Soleri, disciple de l’immense architecte organique Frank Lloyd Wright. Et, à travers l’oeuvre de Soleri, c’est le projet de la cité d’Arcosanti qui retiendra notre attention. Cité matricielle par excellence où les technologies avancées du bâtiment sont mises au service d’un urbanisme en prise sur la nature et les besoins réels d’une humanité qui vivrait des rapports citadins harmonieux.

À l’instar des cités utopiques des penseurs de l’urbanité et de la sociologie des XVIIIe et XIXe siècle, ARCOSANTI comporte, certes, sa part d’utopie en circuit fermé, mais rejoint tout de même les ébauches de la merveilleuse cité d’Auroville.

Nous vous invitons à commenter nos articles, à nous proposer des ajouts ou des modifications et, surtout, à nous revenir avec des suggestions de cités utopiques, du passé ou du présent, qui auront capté votre imagination. Bonne lecture et n’hésitez-pas à relayer le LIEN des CARNETS D’UN PROMENEUR sur vos réseaux de diffusions.

 

 

 

 


Quand l’agenda médiatique sert d’écran de fumée

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

Aujourd’hui, nous célébrons la journée mondiale de la liberté de presse. Plusieurs s’interrogent sur cette prétendue liberté, dans un contexte où la majorité des organes de presse est contrôlée par des oligarques.

Ici, au Québec, les Desmarais, Péladeau et consorts contrôlent autour de 97 % des quotidiens. Qui plus est, les géants de l’information tablent sur une intégration verticale afin de monopoliser les vecteurs d’information et de rejoindre tout le spectre des audiences. Par delà les objectifs de profitabilité et les enjeux de la concentration de la presse, les oligarques qui mènent le jeu utilisent leurs médias pour faire passer des agendas politiques.

 

Feux croisés

Outre la scène politique, il y a aussi les actualités économiques qui sont dans la mire de ceux qui décident de l’agenda médiatique. Pour preuve, les récents déboires de la firme de génie conseil SNC-Lavalin, une saga qui fait les choux gras de nos médias depuis le début de l’année. Rien n’est ménagé pour défaire la réputation de ce fleuron québécois dans un contexte économique incertain. Ainsi, une manchette, en première page du quotidien La Presse, était coiffée du titre «Des affaires avec le diable», opérant un dangereux parallèle entre les activités de SNC-Lavalin et le régime de Mouammar Kadhafi.

Présentement, le géant du génie-conseil fait l’objet d’une enquête de la GRC et plusieurs de ses hauts dirigeants ont été contraints de démissionner. Comme il fallait s’y attendre, le cours de l’action a dramatiquement chuté et les actionnaires se montrent de plus en plus inquiets. Les grands médias continuent de jeter de l’huile sur le feu, alors que le Glode and Mail révélait que des groupes financiers étudient l’option d’une vente à rabais de certaines actions de SNC-Lavalin sur le parquet de Toronto. Tout le reste est à l’avenant.

 

Les vases communicants

Deux empires financiers, celui du clan Desmarais (au Québec) et l’autre du clan Bouygues (en France), partagent un destin similaire. Les deux groupes possèdent des holdings médiatiques – Gesca du côté québécois et TF1 et Bouygues Telecom du côté français – très puissants et ils sont aussi fort actifs sur le front des grands travaux publics. Les deux géants sont de puissants alliés du président Sarkozy et ils possèdent des entrées aux plus hauts niveaux des appareils médiatiques et politiques. C’est donc dire qu’ils ont accès à de l’information privilégiée, qu’ils sont en mesure d’orienter l’agenda médiatique et, par la force des choses, d’infléchir les décisions politiques qui concernent les «affaires» de l’heure.

Il faut dire, qu’outre leurs importantes participations du côté des médias, les deux empires auront contribué à mettre en selle Jean Charest et Nicholas Sarkozy. La classe politique étant donc tributaire de ses puissantes alliances, dans un contexte où nos gouvernements sont contraints d’adopter des accords de libre-échange à la va-vite et d’appliquer des mesures d’austérité qui favorisent la privatisation des services publics.

Ainsi, un accord de mobilité de la main d’oeuvre négocié entre le Québec et la France (dans le cadre d’un futur espace économique entre le Canada et l’Union européenne) – en 2010 – a-t-il pavé la voie à une ouverture de nos marchés des grands travaux publics. Désormais, outre l’espace économique de l’ALENA, un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne est en voie d’être signé, ce qui forcera nos gouvernements provinciaux à ouvrir leurs marchés publics à la compétition étrangère. L’histoire du remplacement des wagons du métro de Montréal nous aura procuré un aperçu de ce qui nous attend à ce chapitre.

 

Un goulot d’étranglement

Aujourd’hui, alors que l’assemblée des actionnaires de SNC-Lavalin se réunira, il faudrait que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) intervienne de toute urgence afin de prendre position pour une réorientation pérenne de ce géant du génie-conseil. Rappelons que la Caisse de dépôt détient une participation évaluée à autour de 5,8 % du capital-actions de SNC-Lavalin. C’est donc dire, qu’au-delà d’un resserrement des procédures internes de l’entreprise, une restructuration pourrait être envisagée. Sur cette facette, les grands médias gardent le silence, préférant s’étendre sur les malversations et les accusations de corruption qui pèsent sur la firme du boulevard René-Lévesque.

Déjà, le 24 avril dernier, le site Les Affaires.com soulignait que «les actionnaires institutionnels de SNC-Lavalin semblent demeurer inactifs dans la crainte que trop de remous ne ternissent la réputation de l’entreprise. Celle-ci risquerait alors de voir son carnet de commandes fondre et la valeur de son action faire de même». Ici, tout est dit.

 

Course contre la montre

Le Ministère des Transports du Québec (MTQ)  a prit la décision de confier la gestion du projet Turcot en mode conception-achat-construction. Et il en va de même pour plusieurs autres grands chantiers de réfection des infrastructures autoroutières du Québec. Il s’agit d’une structure de gestion de projet qui fera en sorte que, seuls, de grands consortiums seront capables d’assumer les responsabilités en termes de financement des opérations.

En effet, les trois firmes qui seront sélectionnées  - à la fin de l’été 2012 – devront avoir les reins solides au chapitre des responsabilités et des risques. La nature de ce mode de gestion de projet fait en sorte que les finalistes n’auront pas d’autres choix que de jouir d’une capacité de financement de très haut niveau. C’est donc dire que SNC-Lavalin pourrait être écartée du processus final qui déterminera le consortium gagnant.

D’ici là, il faudra surveiller avec beaucoup d’attention les mouvements de troupes au sein de SNC-Lavalin et veiller à ce que la Caisse de dépôt prenne ses responsabilités pour empêcher que ce fleuron de l’économie québécoise ne soit démantelé afin que certaines de ses filiales soient mises en vente. Ce qui permettrait à un puissant groupe – à l’instar de Bouygues Construction – de mettre la main sur son expertise concernant les grands travaux publics.

 

Écran de fumée

Comme dans l’affaire des compteurs d’eau, nos grands médias ont jeté de l’huile sur le feu en accusant – nuit et jour – l’industrie québécoise de la construction et du génie-conseil. Il fallait, certes, que le patronage et la corruption soient pointés du doigt. Mais, tout cet écran de fumée nous aura fait perdre de vue une réalité beaucoup plus inquiétante.

En effet, de puissants groupes industriels s’intéressent à la mise à niveau et à la gestion de nos infrastructures publiques. Suez-Environnement lorgne le marché du traitement et de la distribution de l’eau; Bouygues Construction se positionne pour la rénovation de nos «ponts et chaussées» et Vinci est en train de devenir le leader des espaces de stationnement à Montréal.

Il y a, à notre humble avis, matière à relancer le débat sur la question de la souveraineté sur notre territoire et la gestion des infrastructures qui alimentent nos collectivités.

Et, manifestement, les médias dominants moussent un printemps étudiant qui masque d’autres enjeux monopolisant l’attention des maîtres du jeu.

 

UN DOSSIER À SUIVRE.

 

 

 

 


Photo Patrice-Hans Perrier

 

L’appétit d’une poignée de spéculateurs menace un écosystème urbain

 

Par Patrice-Hans Perrier

 

Actuellement, Griffintown est devenu le Far West de la spéculation. Pendant que l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) mène ses aimables discussions, les développeurs immobiliers passent à l’action. Plusieurs observateurs arguent qu’il est justement trop tard pour consulter. La pléiade de projets en voie d’être avalisés par l’arrondissement du Sud-Ouest semble leur donner raison.

Mais, il y a plus. C’est ici qu’interviennent certains promoteurs et leur clientèle fétiche : les «fly by night» qui sont avides de se faire un nid à deux pas du quartier des affaires. Et, pour joindre l’utile à l’agréable, de réaliser quelques bons coups de poker. Il faut dire qu’elle est loin l’époque où l’on pouvait s’acheter un petit condo dans le secteur en déboursant la modique somme de 225 000 dollars.

Un de nos contacts est propriétaire d’une petite unité qu’il a acquis pour la somme de 245 000 dollars à l’époque de la phase 2 du Lowney, un projet qui en est rendu à sa 8e phase en ce moment. Notre contact affirme avoir récemment refusé une offre avoisinant les 400 000 dollars et on parle d’une modeste unité de …800 pieds carrés! Que se passe-t-il donc à Griffintown ?

 

Bulle immobilière

Les grandes agences immobilières et les banques ont beau nous rappeler que «les craintes de l’éclatement d’une bulle immobilière au Canada sont surfaites», nous connaissons la chanson. La spéculation profite aux banques qui passent de l’argent, mais il faut savoir la contrôler … avant que la bulle n’éclate. Comme au casino, plus la mise est grosse, plus le jeu s’emballe et plus les joueurs risquent de tout perdre. L’essentiel étant d’être le premier à retirer ses billes avant qu’il ne soit trop tard.

Même les experts en développement immobilier s’inquiètent en arguant que l’offre anticipée d’environ 8000 condos – à moyens termes – est peut-être trop concentrée et trop démesurée … pour les besoins réels du marché. La demande va-t-elle suivre ? La vice-présidente d’un important constructeur a été jusqu’à admettre, lors du dernier Sommet immobilier de Montréal, «qu’il y a un risque que ça s’effondre».

 

Oiseaux de malheur

De fait, les fly by night viennent mêler les cartes du développement du secteur. Alors que les honnêtes citoyens espéraient pouvoir s’y établir pour de bon, ces oiseaux de malheur viennent s’y nicher en souhaitant être aux premières loges de ce nouveau secteur branché. Sauf que les vautours qui survolent la scène savent très bien qu’il s’agit d’un marché artificiel qui ne représente en rien la valeur réelle du secteur.

Notre contact, appelons-le «citoyen lambda», nous confiait être aux prises avec une cohorte de fly by night qui ont jeté leur dévolu sur les dernières phases du Lowney en flairant la bonne affaire. Ces indésirables volatiles louent leurs petits pied-à-terre à des occupants de passage qui ne respectent pas les voisins, laissent les détritus pourrir sur la galerie et, comme de raison, ne participent pas aux réunions de l’association des propriétaires.

 

La chaise musicale

Dans certains cas, les fly by night ont déjà mis en vente leur unité de condo sans jamais y avoir mis les pieds ! Mais, il y plus, et c’est là que les choses se corsent … un autre de nos contacts que nous allons nommer le «promoteur lambda» pointe du doigt un mouvement de troupes qui annonce la fin de la récréation. En effet, certains acheteurs, qui ont déjà fait d’importantes mises de fond sur des projets à venir, mettent leur unité à vendre sur des sites Internet … la spéculation n’ayant jamais eu une aussi bonne mine à Montréal !

 

Fin de la récréation

Plusieurs grandes publications spécialisées nous rappellent le danger que les nouveaux acheteurs (les fly by night et leurs amis) soient floués dans un contexte où les promoteurs auraient trop construit dans un secteur à la mode. Notre «citoyen lambda» nous faisait aussi remarquer que «les promoteurs ont tellement démoli d’anciens taudis que l’on se demande s’ils finiront par y creuser les fondations de leurs projets anticipés»… et dans un secteur où les infrastructures sont complètement à refaire à hauteur d’environ 50 % (selon les données dela Ville de Montréal) plusieurs se posent la question de savoir qui assumera quoi.

Le «promoteur lambda» connaît bien la chanson, consultant à l’occasion le département d’urbanisme de l’Arrondissement du Sud Ouest à ce sujet. Il nous rappelait, fort justement, que le promoteur Devimco avait fait miroiter de juteuses promesses d’investissements dans des infrastructures de toutes sortes, incluant un petit tronçon de tramway. Tout cela aurait été oublié et les autorités municipales pourraient assumer entièrement le raccordement des futurs développements au réseau d’infrastructures de la métropole.

 

Douche froide

Outre les petits spéculateurs floués, il y a aussi l’arrondissement du Sud Ouest qui pourrait faire les frais de cette ruée vers l’or. En effet, notre «promoteur lambda» nous rappelait qu’il existe un contentieux concernant le partage de Griffintown entre l’arrondissement Ville-Marie et celui du Sud-Ouest. Il nous aide à conclure notre billet en arguant que «les édiles de Ville-Marie lorgnent vers Griffintown puisque ce secteur représente de juteuses recettes en termes de taxes foncières et autres. On pourrait assister à une reconfiguration du secteur».

En d’autres termes, même si c’est la ville centre qui collecte les taxes, l’arrondissement du Sud-ouest pouvait compter sur la collecte des redevances sur les permis de construire pour se remettre à flot. Un pactole qui risque de lui échapper si l’arrondissement Ville-Marie met la main sur Griffintown.

Quand la fin de la récréation aura sonné, il n’y a pas que les oiseaux de malheur qui subiront les affres de la douche froide !

 

Un dernier lien vers un article prospectif qui fait le point sur l’avenir du secteur.

 

Une vidéo gracieuseté du promoteur Carré de la Montagne, un acteur du développement immobilier qui semble avoir assez bien saisi certains enjeux du secteur.

 

 

 

 

 

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