Genèse de l’église Saint-Léon de Westmount

En cette fête des Rois nous vous proposons un article qui passe en revue l’étonnante genèse d’une église qui recèle des trésors en son sein.


Par Patrice-Hans Perrier


Nous avons entrepris, pour la période des fêtes, de visiter certains édifices qui témoignent avec éloquence du patrimoine religieux de l’île de Montréal. Notre premier choix s’est arrêté sur l’église catholique Saint-Léon de Westmount. Ce lieu sacré frappe par la justesse de ses proportions et la splendeur de son ornementation, une architecture inégalée à bien des égards.

Nous vous proposons, donc, une visite virtuelle à l’église Saint-Léon, sise à l’intersection du boulevard de Maisonneuve et de la rue Clarke.

 

Façade principale église Saint Léon – copyright Patrice-Hans Perrier

 

 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

La fondation de la paroisse Saint-Léon

C’est au tout début du XXe siècle, en 1901, que l’archevêché de Montréal donnait le coup d’envoi à la formation d’une nouvelle paroisse qui allait desservir les catholiques francophones et anglophones de Westmount. À cette époque, les paroissiens se réunissaient dans un local de la rue Elm afin de prier et d’écouter les sermons de leur curé, l’abbé J.A.S. Perron. En octobre de la même année, les travaux se mirent en branle, sous la houlette de l’architecte montréalais G.A. Monette. Rappelons que la fabrique (l’entité administrative de l’église) avait acquis ses nouveaux terrains des Sœurs Grises de l’Hôpital général de Montréal.

La première église avait été érigée sur la base d’un plan en forme de croix grecque (croix dont toutes les branches sont d’égale longueur) et occupait environ le tiers de la nef (espace des fidèles qui s’étend du chœur jusqu’à la façade principale) de l’église actuelle. Il s’agissait d’une église de taille modeste qui ne payait pas de mine et qui devait être agrandie, sous les auspices de l’abbé Oscar Gauthier, en 1920. Entre-temps, au tout début du siècle dernier, la paroisse Saint-Léon allait prendre de l’expansion en annexant une partie du territoire de la paroisse Sainte-Cunégonde.

 

La Renaissance d’une église de quartier

Autre temps, autres mœurs, puisque les fidèles se bousculaient à l’époque pour venir assister à la messe du dimanche. Déjà, en 1920, l’ancien édifice ne suffisait plus à contenir la foule de paroissiens qui fréquentaient les «offices» du dimanche, en particulier celui correspondant à la messe de dix heures. Un comité spécial fut mandaté afin de trouver une solution à cette «congestion des offices», pour reprendre une expression employée par un témoin de l’époque.

Les responsables du dossier prirent la décision de confier les travaux d’agrandissement au même architecte qui avait dessiné les plans du premier bâtiment, en 1901. Cette fois-ci, l’édifice allait subir une telle transformation qu’on ne le reconnaîtra plus par la suite.

C’est un solide édifice de style néo-roman qui se dresse en lieu et place de l’ancienne église. Le clocheton qui trônait sur le faîte du bâtiment a été rasé, un campanile (tour qui comprend des cloches) de trois étages se tient au garde-à-vous sur le coin est de la façade, un narthex (vestibule relativement élevé à l’avant de la nef, juste après le parvis) a été ajouté à la façade et le corps de bâtiment s’allonge vers l’arrière afin de dégager la nef (les fidèles auront plus d’espace à parcourir dans leurs déambulations vers l’autel).

Cette église comporte une certaine majesté, malgré des dimensions qui sont demeurées modestes. Sa silhouette nous rappelle les premières basiliques de l’époque romane, aux tous débuts de l’ère chrétienne, après la chute de l’empire romain. Une réelle austérité s’en dégage, quelque chose qui se rapproche de l’esprit des anciens monastères méridionaux.

Les curieux qui prendront la peine de gravir son parvis ne pourront certainement pas se douter de ce qui les attend à l’intérieur. En effet, les entrailles de cette surprenante église recèlent des trésors d’ornementation d’une richesse d’exécution qui laisse pantois quiconque s’intéresse au patrimoine religieux.

 

Quand la grâce s’insinue au cœur d’un édifice

Une fois que vous aurez passé à travers la zone obscure du narthex, vos yeux s’écarquilleront devant la somptuosité du décor ! L’intérieur de Saint-Léon donne à voir l’heureuse rencontre d’une volumétrie parfaite avec une immense fresque qui domine le chœur. Ici, point d’ostentation, comme dans certains édifices néo-baroques, là où la surcharge ne cède en rien au mauvais goût.

 

L’allée centrale de la nef Saint Léon – copyright Patrice-Hans Perrier

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À Saint-Léon, il n’y a rien de superflu, malgré la richesse extraordinaire qui est le lot de tous les travaux d’aménagement intérieur combinés. On n’a qu’à penser aux dallages de marbre, à la préciosité de la table de communion (petite clôture basse qui ceinture le chœur) sculptée dans des panneaux de marbre blanc, avec, en son centre, deux portes en bronze qui valent le déplacement, ou au foisonnement des sculptures qui ornent les stalles (sièges fixes dans le chœur d’une église destinés aux membres du clergé) en bois franc, sans oublier l’ahurissant maître-autel (là où les prêtres célébraient l’office, le dos tourné aux fidèles) sculpté dans le marbre par les soins de l’atelier «L’Arte del Marmo» de Florence.

 

Table de communion sculptée dans des panneaux de marbre blanc – copyright Patrice-Hans Perrier

 

 
 
 

 

 

 

 

 

En 1928, le Curé Gauthier, instigateur des travaux d’agrandissement de l’église, fait appel à un artiste de très grand talent afin de compléter les travaux d’ornementation de l’intérieur de ce trésor du patrimoine que constitue Saint-Léon. Guido Nincheri s’était acquis une réputation sans égal dans le domaine de l’architecture d’intérieur. En effet, cet artiste, d’origine toscane, maîtrisait toute une panoplie de techniques, dont l’art de la fresque, l’art du verre et la conception d’éléments décoratifs en matériaux divers.

À l’instar des artistes de la Renaissance italienne, Guido Nincheri s’occupera de réaliser le programme de la décoration intérieure dans son intégralité. Chemin faisant, il réalisera, lui-même, les fresques, les vitraux et les dessins de tous les éléments ornementaux qui composent cet ensemble d’un équilibre qui frôle la perfection.

L’artiste n’hésitera pas à affirmer que ce chantier représentait le «grand œuvre de sa vie» et force nous est de reconnaître qu’il s’agit bel et bien d’un programme d’architecture d’intérieur qui surpasse presque tout ce que l’on peut admirer dans les églises montréalaises.

 

L’art de la polyphonie

L’architecture était considérée comme l’art par excellence à l’époque de la Grèce antique. En effet, l’art de la construction des bâtiments peut faire appel, dans certains cas, à une combinaison de techniques qui donnent à voir, et à entendre, des rapports de proportions qui nous permettent de vivre l’expérience intégrale de la 3e dimension. Voilà pourquoi les heureuses proportions de Saint-Léon se prêtent si merveilleusement bien aux effets d’éclairage intérieur, lesquels donnent un aspect dramatique à la volumétrie du corps de bâtiment.

 

Une des quatre absidioles entourant le coeur de l’église – copyright Patrice-Hans Perrier

 

 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

Au-delà des formes et des volumes qui ordonnent cet espace, l’acoustique des lieux produit une résonance très particulière. Les administrateurs de la paroisse en ont donc profité pour mettre leur église à la disposition d’ensembles musicaux qui proviennent de tous les horizons. Ainsi donc, le grand orgue de l’église, œuvre du facteur Guilbault-Thérien, résonne à l’occasion de concerts qui sont très courus et nombre d’orchestres de musique de chambre se sont produits en ces lieux. Notons, au passage, que des organistes réputés, dont Pierre Grandmaison ou Christopher Jackson, ont été à même de tester l’étonnante palette sonore des 32 jeux du grand orgue.

L’Église Saint-Léon représente, en définitive, un lieu de culte qui se prête, non seulement à la prière ou à la méditation, mais aussi à la rencontre des arts sous toutes leurs formes. Comme quoi la spiritualité peut certainement faire bon ménage avec la culture, dans un concert de formes qui nous aide à dépasser l’aspect profane de la vie.

 

Stales dans le choeur Saint Léon – copyright Patrice-Hans Perrier

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIEN: http://www.histoiresoubliees.ca/article/guido-nincheri-il-maestro

 

 

 

 

 

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