Les artisans de la récup globale

La Biosphère accueillait les artistes récupérateurs le week-end du 2 et 3 décembre 2006

Par Patrice-Hans Perrier

 

La Biosphère vue de nuit / Gracieuseté de la Biosphère

 

 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

REPRISE D’UN ARTICLE PUBLIÉ DANS LES PAGES CULTURELLES DU QUOTIDIEN LE DEVOIR

 

La récupération est à la mode par les temps qui courent. Et il n’y a pas que les couturiers ou les musiciens pop qui récupèrent les résidus du passé. Un entrepreneur américain a mis la main sur des débris de l’ancienne autoroute qui ceinturait Boston afin de se construire une résidence spectaculaire. Plus près de nous, une bande d’originaux a jeté son dévolu sur les vieilleries qui traînent, ici et là, aux quatre coins de Montréal.

Un nombre croissant d’objets de consommation est voué à terminer sa course aux rebuts. Plusieurs créateurs et écodesigners tentent de réutiliser une partie de ces matériaux laissés en friche afin de façonner des artefacts qui ont le mérite d’interpeller notre perception du beau et de l’utilitaire.

Leur démarche peut toutefois se heurter à l’indifférence du grand public puisque la récupération fait figure de parent pauvre de la production des biens de consommation.

Mais les choses changent, surtout depuis qu’un groupe d’artisans brésiliens a débarqué à Montréal le 15 octobre 2006, provoquant une véritable cohue à la TOHU, sur le site du Cirque du Soleil. Une exposition s’y tenait dans le cadre de la Semaine de réduction des déchets pour sensibiliser les chalands aux vertus de la récupération.

Les Brésiliens font flèche de tout bois en redonnant vie à des objets condamnés à s’amonceler dans les décharges publiques. C’est ainsi que de vieux circuits imprimés d’ordinateur sont transformés en rutilants bijoux entre les mains de ces prestidigitateurs. Même les cartes d’appel vétustes trouvent preneurs au pays de la Samba.

Ici, dans la foulée du manifeste du Rebut global, la jeune relève se préoccupe chaque jour davantage des effets secondaires de nos habitudes de consommation débridées. Un nombre grandissant d’écodesigners et d’artistes de la récupération tente de profiter de la manne des tonnes de rebuts domestiques qui se retrouvent dans les ÉCOCENTRES de la Ville de Montréal.

 

Prise de conscience à la Ville de Montréal

S’il faut en croire Huguette Corbo, à la Direction de l’Environnement de la Ville de Montréal, le réemploi des objets désuets permet de maintenir, bon an mal an, autour de 1 000 emplois, au gré de projets de réinsertion qui agissent comme des leviers d’action communautaire. Plus de 450 établissements tirent profit de cette micro industrie de la récupération qui permet d’éviter que 57 000 tonnes d’articles prennent le chemin de l’incinérateur ou du dépotoir. Et les ÉCOCENTRES sont débordés, ne sachant plus que faire des quantités inouïes de vêtements, livres ou pièces de mobilier qui s’amoncellent dans leurs centres de tri.

La municipalité se charge d’acheminer une bonne partie de ces rebuts vers des organismes partenaires qui s’occuperont de les récupérer ou d’agir comme centres de distribution auprès des friperies, entre autres.

Mais cette logique du réemploi a ses limites, s’il faut en croire Mme Corbo, puisque le même vêtement ou une pièce de mobilier ne peuvent pas être rafistolés infiniment: «C’est renversant à quel point les artisans du Brésil font preuve de créativité. Leur approche de la récupération est orientée du côté de la création de nouveaux artefacts qui surprennent par leur originalité», finit-elle par conclure.

 

Faire du neuf avec du vieux

La créativité a bien meilleur goût semblent se dire les irréductibles de la récupération à la mode montréalaise. C’est ce qui pousse un nombre croissant de jeunes artistes à passer littéralement au peigne fin les coins de la ville susceptibles de receler leur part de trésors. C’est ainsi que Martin Charlebois, un jeune ébéniste, redonne vie à des petits meubles d’appoint laissés à l’abandon. N’hésitant pas à faire cohabiter des matériaux disparates tel que l’ardoise et le bois, cet artiste iconoclaste donne vie à des pièces de mobilier qui frappent l’imagination par leur beauté incongrue.

 

Martin Charlebois Ébéniste – Détail d’une table d’appoint

 

 
 
 


 

 

 

D’autres artistes préfèrent opter pour la souplesse du cuir pour confectionner des bagues, des pendentifs ou même des carnets de note qui n’ont rien à envier à la maroquinerie française. Maude Léonard, de l’Atelier Entre-peaux, rapièce des peaux bigarrées et autres matériaux composites afin de façonner des carnets de note qui rendent justice à l’art épistolaire.

Annie Desmeules pousse cet art transformiste encore plus loin, élaborant des bijoux à partir de petites pièces de cuir et de bidules en métal. Le résultat démontre qu’il est possible de faire cohabiter élégance et ingéniosité.

 

Annie Desmeules – COLLIER OPHÉLIE

 

 


 

 

 

 

 

 

La plupart d’entre eux semblent loger à l’enseigne de l’insolite, n’hésitant pas à créer des objets qui font penser aux cadavres exquis des poètes surréalistes. Certains ont même tenté de se faufiler au Salon des Métiers d’Art, mais il y a loin de la coupe aux lèvres pour ces écodesigners qui font grand cas de la récupération.

Nathalie Julien, une ancienne propriétaire de boutiques de vêtements, a décidé de prendre fait et cause pour cette nouvelle génération de créateurs. Cette dernière a eu un véritable coup de foudre en 2002 lors d’une journée Sans vêtements neufs organisée par une instigatrice du Rebus global. C’est à ce moment qu’elle prit conscience de l’émergence d’une forme d’expression qui traduit bien les préoccupations de notre époque. Laissant tomber ses anciennes activités, Mme Julien mettra sur pied une entreprise de promotion, Les Papillons Verts, histoire d’encadrer cette jeune relève.

Après avoir été en charge de la boutique du premier Salon national de l’environnement, l’été dernier (2006), Nathalie Julien persiste et signe avec un événement qui risque de décoiffer les sceptiques. Cette fois-ci, la Biosphère de l’Île Sainte-Hélène ouvre toutes grandes ses portes à l’équipe des Papillons Verts dans le cadre de son NOËL VERT, aujourd’hui et demain (2 ET 3 DÉCEMBRE 2006). Rien n’a été ménagé pour faire de cette fin de semaine une invitation à la découverte et… un antidote à la platitude des centres commerciaux.

La responsable des événements de La Biosphère, Christiane Charlebois, est confiante que la beauté de la structure de Buckminster Fuller et la quiétude du site aideront ce petit salon à se transformer en véritable happening pour toute la famille. Selon elle, il est possible de «démontrer au grand public qu’il y a d’autres façon de magasiner en encourageant des créateurs de chez-nous qui récupèrent une foule de matériaux voués en temps normal à l’enfouissement».

Outre le Salon des artistes récupérateurs québécois, plusieurs ateliers sont prévus dans le cadre de ce NOËL VERT qui poursuivra ses activités jusqu’au 7 janvier 2007. Petits et grands sont donc invités à venir constater de visu qu’il est possible de faire des merveilles avec trois fois rien.

 

 

Pour de plus amples informations on pourra consulter le site suivant :

http://www.ec.gc.ca/biosphere/default.asp?lang=Fr&n=69502346-1#Expos

 

 

 


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