À brûle-pourpoint

Entretien exlusif avec Michel Brûlé, un électron libre sur l’échiquier médiatique

Par Patrice-Hans Perrier


Michel Brûlé est un éditeur et libre-penseur qui ne fait pas les choses comme tout le monde. Ce coloré personnage, dont les propos sont quelques fois taillés à la hache, affirme convoiter la position de maire de notre métropole. Peu féru dans le domaine de la politique, le principal intéressé veut provoquer du mouvement au sein de l’administration montréalaise. Il pousse même l’extravagance jusqu’à réclamer que l’on réduise le nombre des élus de la métropole de 219 à … 30 ! 

 

Photo Gracieuseté des Éditions CORNAC

 




 

 

 

 


Nous nous sommes rendus jusqu’à la tanière de l’ éditeur pour y voir un peu plus clair. Les locaux des éditions Les intouchables sont spacieux et aménagés avec soin. Nous sommes loin de l’image populiste que les médias dominants nous renvoient de lui. 

Profitant de sa position d’éditeur engagé, Michel Brûlé vient de lancer un brulot intitulé « 65 mesures pour améliorer le Québec ». Mis en marché il y a peu, ce petit manifeste ressemble à un guide pratique destiné à appuyer les idées controversées de son auteur. On peu y lire, notamment, qu’« avec le temps, le parlementarisme s’est perverti : on n’a qu’à penser à la politique de la ligne du parti, une véritable atteinte à la démocratie ». N’y allant pas par quatre chemins, M. Brûlé va jusqu’à prôner l’abolition du parlement, une agora où « les députés se comportent comme des enfants dans une cour d’école ».

Michel Brûlé est un entrepreneur qui n’aime pas la bureaucratie et il jure ne jamais changer son franc-parler pour la langue de bois de nos politiciens. Ça s’entend lorsque l’on prend la peine de visionner les quelques entrevues qu’il a accordé aux médias depuis peu. Toutefois, ce bouillant polémiste accepte qu’on l’interrompe pour le relancer dans le cours d’une discussion et fait preuve d’une assez grande ouverture d’esprit en dépit de son fort caractère.

 

L’incurie municipale

Notre interlocuteur ne décolère pas face à ce qu’il nomme « l’orgie de fonction publique ». Il affirme que les lourdeurs de l’administration publiques auraient des conséquences directes sur le marasme économique qui frappe Montréal. Celui qui vient d’acquérir une nouvelle résidence dans le Plateau Mont-Royal dit faire les frais d’une bureaucratie qui décourage les citoyens qui veulent rénover leur propriété. En effet, il reproche à l’administration de cet arrondissement d’avoir « abroger aux fonctionnaires le droit de délivrer des permis de construction, de sorte qu’on évalue quinze projets par mois et que, dans certains cas, on évalue le même projet plusieurs fois ».

Conséquemment, c’est le comité consultatif d’urbanisme (CCU) qui fera en sorte que les élus prennent la place des fonctionnaires pour examiner à la loupe des projets résidentiels qui seront quelques fois reportés aux calendes grecques. Curieuse façon de faire de la part d’une administration qui est composée exclusivement d’élus provenant d’un parti qui se targue de promouvoir les compétences des employés municipaux. Par ailleurs, le principal intéressé affirme que « les contribuables du Plateau doivent fournir des plans scellés et signés par un architecte afin de faire approuver leurs projets de rénovation » par ce fameux CCU.

Sans pour autant s’opposer à la volonté de nos édiles d’améliorer la qualité des aménagements – ou de préserver le patrimoine bâti – Michel Brûlé estime que l’on aurait tout intérêt à simplifier les procédures administratives dans un contexte où la multiplication des mesures tatillonnes peut finir par décourager les particuliers et les commerçants désireux de faire leur part pour améliorer le cadre bâti des anciens faubourgs de la métropole. Celui qui possède une maison dans le Vieux-Québec affirme que « les procédures d’attribution de permis de rénovation y sont beaucoup moins fastidieuses malgré le fait qu’il s’agisse d’un secteur regorgeant de trésors patrimoniaux ».

 

Une corruption endémique

L’éthique et la probité sont un peu les marottes de cet apprenti politicien qui est ulcéré devant les fournisseurs qui facturent leurs travaux à des prix exorbitants. Il affirme qu’« il est temps de lancer des messages clairs contre l’abus et le copinage et que des mesures sévères de suivi devraient être mise en place afin d’évaluer la qualité des travaux effectués sur la voirie ou les infrastructures municipales ». Ici, le principal intéressé semble rejoindre les idées de Projet Montréal, malgré le fait qu’il reproche à ce parti d’être trop puriste en matière de réformes.

Il propose aussi que l’on remette en valeur le travail des fonctionnaires, en leur confiant le déneigement, la collecte des ordures, le recyclage et une part substantielle des travaux de mise à niveau des infrastructures. Un autre bouquet de mesures qui ressemblent à s’y méprendre à celles qui sont mises de l’avant par Projet Montréal. En fait, au lieu de s’en prendre à la fonction publique municipale, Brûlé souhaite plutôt que l’on réduise le nombre des élus et tout le personnel politique qui gravite autour. Véritable pléthore de « profiteurs », toute cette cohorte coûterait des sommes fabuleuses au trésor public et contribuerait à augmenter les profits des restaurants trois étoiles !

Son verdict est sans appel : « la ville de Montréal, c’est tout sauf une structure au service de la population. Ils passent leur temps à mettre des bâtons dans les roues des gens et, comble de malheur les élus municipaux disposent de budgets qui leur permettent de graisser la patte d’une nuée de parasites. Essayez d’avoir accès aux livres comptables et vous m’en donnerez des nouvelles », précise-t-il.

 

Une administration arrogante

Outre la multiplication des postes de dépenses, le copinage et le gaspillage, Michel Brûlé dénonce aussi l’arrogance d’une administration qui aurait peu de respect pour la démocratie en bout de ligne. Le principal intéressé a d’ailleurs fait circuler une pétition réclamant la démission du maire de Montréal, Gérald Tremblay. Il invoque trois scandales afin de justifier cette mesure pour le moins radicale : la controverse entourant les fameux contrats des compteurs d’eau, la vente de la gare Viger à un prix ridiculement bas et la sombre histoire d’espionnage des courriels du vérificateur général. Ne faisant ni une ni deux, l’éditeur aurait réussi à recueillir pas moins de 2000 signatures depuis la fin du mois de février.

Celui qui édita un des livres de Richard Bergeron ne pardonne pas au Maire Tremblay d’avoir forcé le chef de Projet Montréal à démissionner du comité exécutif dans l’affaire du Projet de l’échangeur Turcot. Il estime que ce geste aura contribué à faire perdre au maire le peu de légitimité qu’il lui restait. Il en rajoute dans ses « 65 mesures pour améliorer le Québec » : « Que les idées de Projet Montréal lui plaisent ou non, M. Tremblay a le devoir de mettre de l’eau dans son vin, car c’est grâce à la performance de Richard Bergeron qu’il est encore au pouvoir ».

Interrompant le fil de la discussion, j’ai demandé à M. Brûlé pourquoi il ne faisait pas équipe avec Projet Montréal… ce dernier m’a répondu avoir déjà proposé à Richard Bergeron de prendre sa place parce qu’il avait plus de charisme et de leadership que le réputé urbaniste ! Les deux fortes têtes seraient, depuis, comme chien et chat … Michel Brûlé n’ayant de cesse de taxer la bande du Plateau de « radicaux » en raison de leur prétendue aversion des automobilistes et des commerçants (…).

 

Une métropole qui s’anglicise  

L’auteur de l’essai fort controversé ANGLAID n’est pas tendre à l’égard des élites du West-Island et des autres irréductibles de la langue de Shakespeare. « J’ai étudié à McGill et les francophiles y sont rarissime, tempête-t-il, et, lorsque tu tentes de leur (les étudiants de cette institution) adresser la parole en français, ils te répondent en anglais. Pour eux, le français représente quelque chose d’accessoire en définitive ».

Reprochant à la classe politique montréalaise de céder le terrain aux élites anglo-saxonnes, Brûlé estime qu’il faudra que les francophones partent à la reconquête de cette métropole du Québec qui s’en va à la dérive. Il n’en revient tout simplement pas que le conseiller municipal indépendant Nicolas Montmorency ait été ostracisé par la majorité de ses confrères durant l’été 2009. Ce dernier avait lancé une campagne pour que la rue Amherst change de nom en raison des exactions menées par le Général Amherst contre les Algonquins. Par ailleurs, le conseiller Montmorency avait déposé une autre motion à l’effet de traduire les rues baptisées par l’administration britannique aux XVIIIe et XIXe siècle. Des propositions qui auront contribué à marginaliser leur instigateur.

Outre les édiles couards et profiteurs, Brûlé fustige aussi des leaders d’opinion qui prennent, eux aussi, fait et cause pour le fait anglais. Il n’est pas tendre à l’égard de Gilbert Rozon, grand patron du Festival Juste pour rire, à qui il reproche sa campagne en faveur du bilinguisme de Montréal. « Il délire, carrément, n’étant pas conscient de la richesse culturelle (diversité) de la planète ». Outre la révision et la mise en valeur de la toponymie, Michel Brûlé montre du doigt la situation privilégiée des institutions d’enseignement supérieur anglophones, dans un contexte où « la population anglophone jouit de privilèges plus que de droits ». Quelques fois on se demande s’il ne devrait pas plutôt rejoindre les rangs de Louise Harel…

 

Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?

Michel Brûlé est-il un apôtre de la simplicité volontaire ? Ayant débuté dans le monde des affaires comme vendeur de livres itinérant, l’aspirant maire aime couper les coins ronds. Ce polyglotte globe-trotter voue une admiration sans borne à l’Allemagne, pays qui aurait le mérite de concilier plaisir de vivre avec efficacité. Il souhaite faire appel aux urbanistes et autres concepteurs allemands afin d’améliorer l’aménagement du domaine public s’il est élu. Il n’en revient tout simplement pas que l’on détruise la chaussée des grands artères à chaque fois qu’il faut réparer ou mettre à niveau les infrastructures fluides. « Là-bas, en Allemagne, ils ont conçu des trottoirs sous formes de modules creux qui permettent d’encastrer les canalisations et d’éviter de tout foutre en l’air lors des travaux de rénovation des infrastructures souterraines ».

Idem pour les transports en commun et l’affluence automobile. Le polémiste estime que l’on fait fausse route à vouloir mettre l’emphase sur le tramway ou les développements linéaires de type TOD. S’il admet qu’il faudra améliorer la fréquence des métros et des autobus, sans oublier de bonifier l’offre en termes de trains de banlieue, il croit que l’avenir est aux petits véhicules. Ainsi, on gagnerait à utiliser de petites fourgonnettes afin de remplacer les autobus sur les circuits peu utilisés, une mesure qui ferait des miracles en Moldavie. Par ailleurs, il prône l’instauration d’un service nationale de covoiturage qui ferait en sorte d’aménager des accès prioritaires pour les voitures ayant plus de deux passagers à leur bord.

 

Une métropole conviviale

C’est un secret de Polichinelle : Michel Brûlé est un bon vivant, à la limite de l’hédoniste militant. Son dernier vidéo-clip louangeant les vertus de la bière allemande a fait de la vague dans les cénacles féministes. Il faut dire qu’on y voit le personnage principal à moitié nu dans une baignoire qui déborde sous des flots de bières versés par deux mignonnes walkyries en bikini … une prestation qui fait sourciller les gestionnaires d’image et autres pontes des relations publiques.

Montréal devrait être une métropole francophone et ludique pour celui qui incite ses concitoyens à bruler les feux rouges de la pudibonderie … anglo-saxonne qui nous mine. « Dans presque tous les pays du monde, on a le droit de boire une bière dans la rue. Mais pas au Québec. Quand les baby-boomers étaient jeunes, c’était toléré, mais, maintenant qu’ils ont vieilli et qu’ils sont au pouvoir, tout ce qu’il leur était permis, ils l’interdisent », souligne son inénarrable petit manifeste. Toutefois, quand Michel Brûlé pousse sa logique jusqu’à réclamer la légalisation de la prostitution et de la marijuana, il n’y a pas que « les vieilles anglaises de Westmount » qui risquent de pousser les hauts cris.

Quelques fois on se demande si Michel Brûlé ne serait pas un brillant agitateur qui, tel un chien dans un jeu de quilles, tente de foutre la pagaille. Histoire de réveiller une classe politique gazée par son incurie et sa médiocrité. Ne risque-t-il pas de diviser le vote s’il se présente comme candidat indépendant ? Pourquoi ne pas plutôt se joindre aux rangs de Projet Montréal ou de Vision Montréal ? Toujours est-il que ses coups de cœur et ses facéties nous aident à supporter un printemps qui n’en est pas vraiment un.

 

Lien : http://www.cyberpresse.ca/actualites/regional/montreal/201011/30/01-4347947-michel-brule-vise-la-mairie-de-montreal.php

 

Publication : Titre : «65 mesures pour améliorer le Québec», Auteur : Michel Brûlé, Éditeur : Michel Brûlé, 2011, ISBN : 9782894855010 (289485501X).


 

 

 

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