REMETTRE LES CITOYENS AU CENTRE DE LA POLITIQUE MUNICIPALE

Quand les édiles ne servent plus les intérêts de leurs commettants

 

par Patrice-Hans Perrier

Montréal implose alors que la classe moyenne aura fini par fuir vers les banlieues, laissant le tissu urbain littéralement fracturé et les finances publiques exsangues. Le Maire Tremblay vient de tirer sa révérence en pleine tourmente en laissant le soin à sa garde rapprochée de mener la barque en l’absence d’un grand timonier. Plusieurs grandes langues murmurent de plus en plus ouvertement que c’est un Denis Coderre – ou toute autre grosse pointure politique de même acabit – qui devrait «reprendre la main» aux prochaines élections municipales. Permettez-nous d’émettre quelques doutes salutaires.

 

La démocratie municipale en perte de vitesse

J’ai pratiqué le journalisme sur la scène municipale des années 2004 à maintenant, grosso modo. Ainsi, je me suis faufilé (et c’est le cas de le dire) dans cet interstice qui permet à la classe politicienne et aux simples citoyens de cohabiter et je parle, ici, des conseils de Ville et d’arrondissements.

Il était fort divertissant de voir surgir (avec leurs gros sabots) les représentants des grands médias à chaque fois qu’un élément d’un dossier médiatisé allait se retrouver en séance du conseil. Je me souviens du brouhaha entourant «l’affaire Catania» ou celle, encore plus médiatisée, des fameux compteurs d’eau. Et que dire des PPU concernant l’aménagement du Quartier des spectacles ou le réaménagement de l’Autoroute Bonaventure. Même son de cloche pour la présentation du budget de la ville-centre et autres exercices comptables de grande envergure. Les conseils de ville ou d’arrondissement semblaient taillés sur mesure pour procéder à de grandes annonces ou remettre les pendules à l’heure dans le sillage de certaines controverses juteuses.

Toutefois, la période de questions des citoyens ressemblait à un appendice municipale … un exercice permettant à quelques citoyens frustrés de venir se défouler ou à une poignée de partisans de venir mousser l’adoption d’un règlement ou de conspuer un conseiller en particulier. Tout cela puait le plus grand mépris envers les contribuables, les citoyens lambda qui forment, pourtant, la charpente de la démocratie municipale. Pour tout dire, les séances municipales ressemblaient – à s’y méprendre – aux conseils d’administration d’une grande corporation, alors que les plus petits actionnaires sont souvent mis devant les faits accomplis.

En fait, l’administration Tremblay – et tout l’aréopage des mairies d’arrondissement – aura géré les affaires courantes de la métropole comme celles d’une entreprise privée. Il y avait toujours des budgets pour les grands projets d’infrastructure ou de réaménagement de certains secteurs, alors que les subsides pour les services de proximité et l’entretien des équipements de la métropole fondaient comme neige au soleil. Les citoyens (petits actionnaires) contribuaient pour le gros du budget, mais étaient traités comme des actionnaires de seconde zone. Le Comité exécutif, pour sa part, avait autre chose à traiter derrière ses portes closes.

 

Une gestion opaque

Prétextant un souci d’efficacité et une ouverture à la libre entreprise, l’administration Tremblay – mais aussi celles qui l’ont précédée dans une certaine mesure – aura créé une véritable nébuleuse de sociétés apparentées (Société du HavreSociété du Quartier international de Montréal Société du Quartier des spectacles et j’en passe …) n’ayant de comptes à rendre qu’à elles-mêmes et à un Comité exécutif fonctionnant comme un état dans l’état. Le simple citoyen en perd son latin.

Montréal, de l’avis de plusieurs politiciens et fonctionnaires, disposerait d’une réserve se chiffrant à près de 1 milliard de dollars au moment d’écrire ces quelques lignes. Pourtant, la municipalité accumule un important déficit récurrent au niveau de la caisse de retraite de ses employés et ailleurs aussi … arrivant à peine à offrir une prestation de services digne d’une métropole. Plusieurs arrondissements souffrent des problèmes liés à une sous-dotation, obligeant les édiles à se rabattre du côté de l’émission de permis de démolition et de construction pour se renflouer.

Tout cela sans parler de nombreux équipements de premier plan qui ont été fermés ou regroupés sous la gouverne d’entités métropolitaines ou autres : la Bibliothèque centrale de Montréal, certains chalets dans les parcs qui sont réquisitionnés de plus en plus pour des évènements privés ou dont la gestion des kiosques alimentaires semble avoir été cédée au secteur privé, des promoteurs du monde des spectacles qui tentent de faire main basse sur certaines maisons de la culture, etc. Les citoyens payent des taxes de plus en plus élevées pour avoir accès à des services qui sont onéreux, quand ils ne sont pas gérés par le privé. Ainsi, certains terrains de tennis ont été réquisitionnés par des organismes qui gèrent le temps de jeu et facturent leur accès.

Que dire des terrains municipaux et de certains bâtiments qui ont été cédés au privé pour une bouchée de pain … moyennant la création d’un hypothétique ratio d’unités d’habitation à prix modique, la décontamination d’une portion du site ou la construction d’infrastructures pour lesquelles les nouveaux propriétaires de condominiums devront se serrer la ceinture dans un avenir prévisible. On se rappellera, dans le même registre, la municipalité de Montréal-Nord qui mettait ses terrains de soccer au service d’un organisme facturant des sommes abonnements élevées dans un contexte où plusieurs familles ne peuvent se permettre une telle ponction. Un dossier qui avait soulevé pas mal de questions dans les médias locaux, mais qui fut prestement étouffé.

 

Un enchevêtrement de juridictions

Certaines artères routières sont de juridiction d’agglomération, certains services relèvent des arrondissements, la ville centre prélève les taxes et gère les grands projets du Maire (toujours derrière les portes closes du Comité exécutif), sans oublier un nombre croissant d’infrastructures, équipements et projets qui tombent sous la coupe de sociétés para-municipales dont il peut être ardu de connaître les états financiers. En bref, Montréal n’est plus une ville, c’est une zone de non-droit, une agglomération d’anciennes municipalités ou de quartiers morcelés qui ressemble à s’y méprendre à un champ de bataille. Les citoyens ordinaires fuient malgré les promesses électorales, les projets immobiliers prétendument destinés à la famille et le programme «Accès-Logis» de la municipalité. Les familles avec enfants quittant de plus en plus le centre-ville – et les arrondissements limitrophes – d’après le dernier recensement de 2011.

Montréal est un gruyère, un terrain de jeu pour les promoteurs et leurs affidés, la caste des politiciens municipaux qui n’a plus de compte à rendre à la population qui ne s’est PAS déplacée pour venir voter lors des dernières élections (autour de 38 % de la population s’est exprimée au dernier rendez-vous). Et, cerise sur le gâteau : un nouveau budget qui est particulièrement salé pour les contribuables ! Le premier citoyen de la métropole ayant jeté la serviette, il y a peu, il faudra profiter de l’intérim pour mettre un terme à cette fuite en avant. La mise en tutelle de Montréal ayant été écartée – jusqu’à nouvel ordre – par le gouvernement Marois, il ne reste plus qu’à mettre en place un directoire qui devra rendre des comptes précis au Ministère des Affaires municipales. Mais, ce n’est pas assez.

 

Un bureau des grands projets

Le comité exécutif doit devenir transparent et ne peux plus – sous aucun prétexte – gérer en catimini de grands projets urbains qui sont souvent une couverture pour des opérations immobilières d’envergure. Un bureau des grands projets doit, impérativement, s’occuper de déterminer les priorités, la conception et la gestion des opérations de revitalisation et de bonification des secteurs névralgiques de la métropole. Outre un contrôle comptable serré des dépenses anticipées, il s’agira de remettre sur les rails un développement urbain qui soit autre chose qu’une succession d’opérations destinées à combler les attentes des commanditaires de la machine électorale ou à appâter de nouveaux investisseurs désireux de venir miser sur ce qui s’apparente à un jeu de casino.

L’ancien département d’urbanisme devra, aussi, être rapatrié vers la ville-centre, en conservant des antennes au niveau des arrondissements. Le budget d’opération de la Ville de Montréal devra prioriser la dotation au niveau des besoins des arrondissements et un AUDIT doit être mené tambours battants au niveau de la comptabilité des grands projets, de la mise à niveau des infrastructures et du réaménagement d’un nombre important d’espaces publiques et … civiques. La Ville de Montréal doit conserver les coudées franches au chapitre de l’administration des opérations courantes et de la prestation des services de proximité, mais tous les grands chantiers devront faire l’objet d’une forme ou d’une autre de mise en tutelle. Et, un bureau des grands projets nous semble être la structure toute indiquée pour ce faire.

 

Ressouder le tissu urbain

Montréal ne doit PAS devenir une AGGLOMÉRATION CENTRALE formée de zones franches – administrées par des organismes opaques – où, seuls, les promoteurs immobiliers et les investisseurs étrangers font la loi. Il faut revenir à ce qui s’apparenterait au concept d’«Une île, une ville». Le gouvernement Marois pourrait même en faire un des principaux thèmes de sa prochaine campagne électorale … sans pour autant que l’on retombe dans le cauchemar des référendums. Les 200 000 électeurs du West-Island ne peuvent et ne doivent PAS faire la loi pour 2 millions d’insulaires qui ne s’y retrouvent plus. Nous avons vu le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) être géré par une caste de spoliateurs étrangers se votant des émoluments disproportionnés dans la plus grand impunité. Il n’y a pas de place à Montréal pour deux structures d’aussi grande envergure. Il doit n’y avoir qu’UN SEUL et même centre universitaire de santé. Avec un directoire unique. Les deux grandes facultés de médecines seraient, bien entendu, toujours dans le coup.

Les dernières modifications de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU) ont été apportées en vue de créer une MÉGA-STRUCTURE d’agglomération, histoire de former un monstre proto-municipal de 4 millions d’habitants. Un Québec dans le Québec. Si le Parti Québécois est réellement conscient de la donne, il lui faudra batailler très fort pour que Montréal redevienne la métropole du Québec et une ville où «il fait bon vivre» … à nouveau. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu électoral. Il s’agit de l’avenir du poumon économique d’un Québec que l’on souhaite autonome, dynamique et durable.

 

 

 

 

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